parce que quand y en a marre…


Ça faisait pas mal de temps que je rouspétais. Cette grogne devenait une obsession et, je lançais régulièrement à la tribu des appels à la rigueur. Mon dicton préféré, « quelques gouttes suffisent » n’avait aucun impact. Cette situation ne pouvait durer plus longtemps. Il fallait absolument, que l’on tombe sur un accord et, qu’il en ressorte rapidement, un arrangement à l’amiable. Une tribune libre a donc été organisée, afin que chacun puisse débattre et s’exprimer.

Les nombreuses promesses et les beaux discours n’ont pourtant rien changé. Le dialogue social, les négociations, les concertations, les menaces et le chantage, n’ont pas fonctionné non plus. Le gâchis continuait de plus belle.

Cela ne pouvait plus durer. J’avais atteint le point de non-retour. J’en avait marre. Marre d’en acheter. Marre de les voir se vider au bord de la baignoire. Marre de décrouter le gel sec. Marre de jeter d’énormes quantités de flacons vides. Marre de jeter de l’argent par la douche. Marre d’entendre : « maman ! On n’a plus de gel douche ! »

Il fallait des changements radicaux.

Alors un jour, j’ai dit STOP.

J’ai profité d’un passage en France, dans ma boutique naturelle préférée, pour réaliser que la solution est à portée de main. Il n’y a pas que le gel douche dans la vie. Il y a du savon pour tous les goûts, de toutes les formes et de toutes les odeurs. J’ai choisi de jolis pains de savon avec une corde et une odeur très douce. De jolis savons au lait d’ânesse avec une touche d’huile d’olive. On est du Sud où on ne l’est pas ! Histoire d’éviter un débat supplémentaire, j’ai acheté les mêmes pour tout ce joli monde.

De retour au Sultanat et, la valise qui sentait super bon ouverte, j’ai réuni la tribu pour une réunion extraordinaire.

C’est donc armée de mes savons et de fleurs de bain que je leur ai annoncé la grande nouvelle. Il m’a fallu balayer les :  « tu vas pas nous demander de nous doucher comme en prison ?!» de l’ado. Il m’a fallu faire avec l’humour douteux du chef de meute et ses : «faudra pas se baisser pour ramasser le savon». J’ai faillis être déstabilisée par les ricanements de l’ado, en écho au trait d’humour paternel. Il m’a fallu aussi prouver aux filles que ce savon sent bon, qu’il mousse et, que cerise sur le gâteau, il rend la peau douce.

J’ai conclu en leur disant que si, ils ne le font pas pour eux, qu’ils le fassent au moins pour la planète, et que de toute façon, c’est comme ça et pas autrement. La démocratie avait trouvé ses limites et moi aussi.

Chacun est reparti avec son savon et sa fleur de bain.

C’est donc, avec une tribu moyennement conquise que nous avons arrêté le gel douche.

Et vous les amis, vous avez dû prendre des sanctions familiales radicales pour éviter le gachis ?