mon Nutella et moi


C’est fou ce que l’on fait à 40 ans. A 40 ans, on se déleste de choses inutiles et superflues. A 40 ans on réalise qu’il faut agir sans tarder. Tous ces changements, ces nouvelles envies, c’est peut-être finalement ça la crise de la quarantaine ?

Crise ou pas crise, j’ai pris une décision qui risque de changer mon quotidien. Fini, les petites cuillères qui plongent allègrement dans les profondeurs du pot. Fini, ces moments volés de bouchées gourmandes. Vous avez compris les amis, j’ai décidé de ne plus tomber dans la pâte chocolatée du Nutella.

Pourtant, je lui suis reconnaissante. Grâce à lui, je n’ai étranglé aucun de mes enfants. Même pas le chef de meute ! Il m’a permis aussi, de garder à peut-prêt ma raison. Bref, grâce à lui je ne m’en suis pas trop mal tirée. Mais tout ça est maintenant derrière moi, ou à côté. Il est temps de passer à autre chose.

Alors comme tout quarantenaire qui vit avec son temps, je suis allée chercher conseil chez Google. Comment arrêter le Nutella ? Est-ce qu’il existe une cure de désintoxication ? Un cercle de parole ? Un traitement de substitution ?

Rien de tout cela les amis. J’ai bien cherché à retrouver Patrick, le coach de Manu Payet, mais sans succès. C’est donc avec pour seule compagnie, ma motivation, que je vais devoir y arriver.

J’ai attaqué cet été, en remplaçant l’irremplaçable, par le Nocciolata. Aussitôt testé, aussitôt adopté. Malgré un nom imprononçable, il est tout presque pareil que le Nunu. En plus sain, en plus bio et sans huile de palme. Finalement, ce n’était pas si dur !

Sauf que.

L’été est fini et, que le Nocciolata n’est pas encore arrivé à Oman. Ici, le Nutella me poursuit. Il y en a partout, de toutes les tailles. Des gros moches de 3 kg. Moches, mais de 3 kg quand même ! Plonger sa cuillère là-dedans doit être une expérience unique. On peut même y aller à la louche ! Il y a aussi les tous petits avec les bâtonnets. Même si les bâtonnets sont franchement dégueulasses, quoi de plus délicieux que le Nutella avec les doigts ? Il y a aussi les pots avec tout le village des schtroumpfs. J’ai d’ailleurs vu la schtroumpfette me faire un clin d’oeil l’autre jour.

Bref, la tentation est grande.

J’aurais pu utiliser mon super robot et tester une de ces nombreuses recettes que l’on trouve partout. Mais mon robot a eu un malencontreux accident et ne fonctionne plus.

Ce n’est pas facile de devenir  nutellaphobe du jour au lendemain quand on est nutellaphile depuis sa plus tendre enfance. Pour le moment, les amis, je résiste. Mais pour combien de temps ?

tout nouveau, tout beau


Aujourd’hui, j’ai changé de peau. Je me suis retrouvée dans celle du père Fouras, mais avec vachement moins de barbe. J’ai eu la lourde responsabilité du sage, du guide, du conseiller. En gros, la mission que j’ai acceptée, c’est d’expliquer le pourquoi du comment à la dernière recrue.

La nouveauté, c’est un peu, comme une naissance. Il faut se faire une identité et se construire. C’est du courage pour les uns, de l’inconscience pour les autres, mais, toujours un long cheminement pour celui qui le vit.

Vous savez, je le prends au sérieux, mon rôle. J’aide, mais je ne dirige pas. Je suis présente, mais pas intrusive. Enfin, j’essaie.

Depuis que j’ai 40 ans, je réfléchi beaucoup. Enfin, j’essaie. J’ai constaté, que me concernant, je passe par les mêmes phases à l’approche d’une nouveauté :

  •  La phase 1 : L’analyse. Tout mes sens sont aux aguets. J’observe mi-méfiante, mi-envieuse, mi-déprimée, mi à finir un pot de Nutella dans l’heure. Je reste cloîtrée dans mon observation à chercher des repaires, des appuis, des odeurs familières. Quelque chose qui me rappelle les chaussettes de mon ado. Des questions se bousculent dans ma tête : « Qu’est-ce que je fous là ? », « Dans qu’elle galère je me suis encore fourrée ? », « Dans quelle étagère ? ». Et puis, il y a les affirmations qui rassurent: « C’est juste provisoire ». Je sais maintenant que le provisoire peut durer au moins 5 ans.

 

  •  La phase 2 : L’Euphorie. Tout est nouveau, tout est beau, tout le monde il est gentil. C’est MERVEILLEUX. Vous vous sentez philosophe tout n’est qu’amour et joie. Il faut que votre bonheur saute à la face du monde et que ce monde vous réponde par des pouces levés en l’air bien haut !

Sauf que le bonheur c’est usant.

  •  Phase 3 : L’abattement. On a fait le tour et finalement. Finalement. Cette phase peut aussi s’appeler la phase des si : si j’avais su, si j’avais écouté ma mère où ma voyante où ma boulangère où ma voisine, si j’avais réfléchi, si ma tante en avait ce serait mon oncle (cela n’a rien à voir mais j’aime cette expression), si je n’étais pas si gourde (que vous pouvez remplacer par plein de mots de votre choix qui sont plus gros).

 

  • Phase 4 : La résistance. Il n’y a pas le choix. Il faut le faire pour les enfants, pour la famille, pour le banquier, pour la patrie. Alors faut s’activer, se changer les idées. Qui dit se changer les idées dit multiplier de façon exponentielle les activités annexes : sorties, couture, écriture, yoga, cours d’Arabe, et sa consommation de Nutella…

 

  • Phase 5 : Le Remix. Cela consiste à passer d’une phase à l’autre à la vitesse de la lumière. Le chef de meute qui ne vide pas la poubelle et pouf, c’est la phase 3. La tribu qui part toute une journée chez des copains, et c’est le retour de la phase 2. Toutes ces phases se mélangent, s’entrechoquent au fil des heures.

Je ne vous servirai pas du: « on s’habitue à tout ». C’est la phrase la plus laide du monde. Je ne vous dirai pas non plus, « contre mauvais vent il faut faire bonne fortune ». C’est pas terrible et, je ne suis pas sure que cette citation existe.

Je vais plutôt laisser la parole à ce grand philosophe, de surcroît très charmant, qu’est Nexusis : « Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise situation. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée… Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face je dirais, le miroir qui vous aide à avancer. Alors ça n’est pas mon cas, comme je disais là, puisque moi au contraire, j’ai pu : et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie… je ne suis qu’amour ! Et finalement, quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent « Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? », et bien je leur réponds très simplement, je leur dis que c’est ce goût de l’amour ce goût donc qui m’a poussé aujourd’hui à entreprendre une construction mécanique, mais demain qui sait ? Peut-être simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… »

Et vous les amis, vous la gérez comment la nouveauté ?

Ndlr : Vous avez peut-être remarqué que, jusqu’à présent, j’écrivais mes amies au féminin. Suite à la remarque fortement justifiée de Laurent, mon lecteur homme Belge (j’espère ne pas l’avoir perdu), je vais donc à partir de maintenant, écrire la formule au masculin. Avec la grammaire, on ne peut pas discuter, mais dans la vraie vie nous n’avons pas dit notre dernier mot les filles !