trop la honte


«Vous êtes encore là ?», «Vous n’êtes pas encore partis ?». Répète-t-il en boucle avec une pointe d’agacement, un chouïa d’énervement et une touche d’exaspération. Comme c’est quelqu’un d’extrêmement bien élevé, nous n’avons pas eu droit au fameux « cassez-vous pauv’ cons ». Mais il ne fait pas dans la dentelle notre Ado avec nous, ses parents, à qui il doit tout : ses baskets, son téléphone, ses vacances au ski, ses stages, ses fringues et accessoirement sa vie.

Faut dire qu’il est stressé avec ses copains sur le point de débarquer. Ne me demandez pas combien de fois il a répété : «C’est quand que vous partez ?»

Pourtant, il  faisait moins le malin quand il avait deux ans, à hurler dès que nous sortions de son champ de vision. Toutes ces journées passées à travailler en culpabilisant, le cœur en miette, avec en tête ses cris et ses pleurs à mon petit babouninet si mignon, si câlin, si beau. Tout ça pour nous mettre quelques années plus tard, à la rue, comme des malpropres.

Le message est clair : les parents, quand on invite ses copains pour une boom, c’est trop la honte. D’ailleurs parler de « boom », c’est trop la honte aussi.

Moi qui pensais que la honte, c’était plutôt :

  • le jour, où ma fille, dans un restau bondé, est sortie des WC avec moi sur ses talons, en hurlant à ma copine : «tatiiiiiie j’ai fait caca et un gros ». Histoire, que même le restau voisin puisse profiter de cet exploit.
  • Ou la fois où l’ado petit, a dit bien haut, avec une articulation parfaite, grâce aux nombreuses séances d’orthophonies intensives : «Tu as vu maman comme elle est grosse la dame, énoooorme ! ». Histoire aussi de me prouver la richesse de son vocabulaire.
  • Ou toutes ces fois, que je ne compte plus, à se rouler par terre en hurlant, quand comme d’habitude, son affreuse mère a dit non aux bonbons, ou aux cartes Pokémons.

Mais, la honte suprême ce n’est donc pas tout cela. Non. C’est d’avoir ses parents sur le dos quand la bande de copains débarque.

En attendant, on fait un peu durer le plaisir. L’Ado est carrément en souffrance.  C’est en apnée, qu’il répète en boucle son maintenant fameux, «c’est quand que vous partez ?» entrecoupé de «oui, tu me l’as dit cent fois » d’exaspération, en réponse aux dernières recommandations.

Son stress, voir même son angoisse est palpable. Il veut éviter à tout prix la gaffe, que l’on ferra inévitablement devant ses copains.

On peut quand même jouer avec ces nerfs un peu. La honte ne tue pas, elle fait d’excellents souvenirs et on en rigole même. Après…

Ma honte suprême je ne la dois qu’à moi-même. Mais, j’ai des circonstances atténuantes : c’était l’été, il faisait chaud et je n’avais jamais mis les pieds de ma vie chez un ostéopathe, un kiné et consorts. J’avais donc mal à un poignet et ma copine me conseille d’aller voir un bon ostéopathe. Je laisse donc la tribu avec le Chef et vais à mon RDV. Un peu comme au Mc Do, j’arrive comme je suis…

Pour un simple poignet,  il me demande aussi sec, d’enlever mes vêtements. Sauf que. Les vêtements en question sont une robe dos nu. Je me suis donc retrouvée en petite culotte dentelle, devant un ostéo qui a fait comme si tout était normal.  A mon retour à la maison, le Chef de meute m’accueille avec un : « tu es allé chez l’ostéo comme ça ??? », suivi de ricanements.  Il aurait été plus judicieux de me le dire avant.

Je reçois aussi, dans la soirée un coup de fil de ma copine qui attaque avec un : « tu aurais pu me dire que c’était le remplaçant, j’avais ma culotte de mamie et j’ai eu la honte de ma vie». Le remplaçant en question est jeune, beau et joue au rugby. Moi, je me suis retrouvée quasi nue devant l’ostéo proche de la retraite. Alors question honte j’ai donné aussi.

Bref, mes copains me demandent encore souvent comment va mon ostéo…

Et vous les amis, c’est quoi la honte qui vous fait encore rire aujourd’hui ?