Mon drapeau


On a hissé le drapeau et à le voir fièrement flotter on était sûr de la victoire. Même si je n’ai pas regardé un seul match, même si internet ne fonctionne qu’en alternance, j’ai bien compris que cela n’a pas été suffisant. Sauf que voilà, notre beau drapeau est maintenant là. Il ondule et chante au rythme du vent. Alors qu’est-ce que l’on en fait ? On le laisse fièrement s’approprier l’espace pour de bon ? Où il retourne enroulé sur lui-même au fond d’un tiroir ?

J’en était là dans mes réflexions, quand, sur Facebook je suis tombée sur : « Et n’oubliez pas ; A compter d’aujourd’hui, si vous avez un drapeau Français accroché à votre fenêtre, vous passez à nouveau pour un facho. »

Pourquoi ? Pourquoi je ne pourrais pas le garder mon fier étendard après tout?

Pourtant ce n’est pas une grande histoire d’amour moi et les drapeaux. Je chantais fièrement dans ma jeunesse, le poing levé, avec Renaud « J’peux pas encaisser les drapeaux quoi que le noir soit le plus beau. ». Je pensais que ce drapeau était source de division, de fermeture. De plus, j’ai toujours trouvé que c’est imbécile et dangereux de se servir d’un drapeau pour faire passer des idées nauséabondes. Bref, je me méfiais vachement de lui.

Et puis, nous avons vraiment fait connaissance avec lui en Arabie Saoudite. Les enfants doivent représenter régulièrement leur pays et, nous nous sommes donc, équipés de drapeaux, bérets, marinières, toques de chef… Avant cela jamais nous n’aurions pensé arborer si fièrement ces clichés si ringards et si lourds de sens. A l’époque vous auriez tout juste trouvé, à la maison, une bouteille de pinard et une baguette et encore pas tous les jours !

Et puis il y a eu les attentats aussi. Nous avons eu besoin de mettre des bougies, de mettre une touche de bleu, blanc, rouge sur notre porte. Une toute petite touche pour bien suivre les consignes de discrétion données par notre ambassade mais quelque chose quand même. Nous avions besoin de cela pour se rapprocher des victimes, des familles, de vous tous qui avez fait une minute de silence, qui avez défilé. On se sent parfois si seul loin de sa patrie que le drapeau tout à coup, prend une autre dimension. Presque une dimension sacré, qui nous murmure de ne pas oublier tous ces gens, qui nous murmure combien on a la chance de vivre dans un si beau pays.

Alors, je déclare aimer les gens, aimer l’Europe, aimer les voyages, aimer découvrir différentes cultures, aimer Renaud qui embrasse maintenant des flics et je déclare aussi vouloir garder mon drapeau tout en ayant le droit de ne pas passer pour une facho.

J’espère que vous comprendrez mes amies.

Ce matin encore Nice. Je n’ai pas de mots