retour à l’école


Un rapide coup d’œil suffit à me confirmer qu’a moi seule, l’indice d’âge du groupe augmente considérablement. Avant mon arrivée, la moyenne devait tourner autour des 21 ans. Avec mes 40 balais et des poussières, la courbe atteint maintenant des sommets.

C’est donc en tant que doyenne, que j’attaque une cession au British Council. Mais j’ai de la chance, grâce à l’anglais, j’échappe au Madame à répétition. Ici, c’est prénom et you pour tout le monde.

Mais, cette question d’année n’est peut-être pas la plus grave.

Quand la nuit tombe mon cerveau à moi commence à se mettre en mode ralenti. Il est tout englué de fatigue et il ne fait plus que vaguement ronronner. Le leur est encore bien opérationnel, vif et plein d’entrain. Mes capacités de concentration et de motivation sont toutes rassemblées, eux suivent les cours facilement et naturellement, en mode relax et détendu.

Quand je commence à imaginer mon lit comme le meilleur endroit du monde, eux imaginent l’après. Ce qu’ils vont faire et où ils vont aller dans cette nuit qui n’attend qu’eux. Quand je suis en mode super-j’ai-presque-fini-ma-journée, eux sont en mode super-on-va-pouvoir-enfin-s’ammuser.

Quand, au bout de 30 mn de cours, je suis au bord du coma et que je mène une lutte sans merci pour garder les yeux ouverts tout en désamorçant un bataillon de bâillements, eux, ont un visage détendu, reposé et frais.

Ils sont super sympas ces jeunes, ils ont pitié sont très prévenants avec moi. Pendant la recrée, il y en a toujours un pour me proposer un café. Café, que je refuse bien sûr, et, que j’accompagne de l’explication mondialement connue des quarantenaires : « Si je bois un café maintenant, je ne pourrais pas dormir ». Il y en a toujours un pour me dire que sa mère a le même problème et un, qui me regarde comme un Alien.

Ils sont rigolos ces jeunes avec leurs histoires. Ils me parlent de leurs sorties, de leurs vies d’étudiant ou de leurs travails qu’ils viennent de commencer. Ils me parlent de leurs projets de voyage, de leurs futures vies. J’écoute et je me rappelle de mes projets de quand j’avais 20 ans. Je suis un peu la maman du groupe… ou, avec mes trois enfants, mon chat et mes yeux cernés, je suis ce qu’ils ne veulent pas être plus tard…

Ils sont aussi intéressés par ce que je fais de mes soirées et de mes w.ends. Ce que l’on peut bien faire à plus de 40 balais les intrigues. Ils me demandent souvent des conseils et mon avis. Ils viennent souvent me voir pour les devoirs et pour les tests aussi… Bref, je suis la mère Fouras et représente la sagesse de la vieillesse.

Ils sont drôles et surprenants. Avec eux, j’apprends plein de chose et j’aime les retrouver 2 fois par semaine. Ils m’envoient des messages si je suis en retard, me donnent le numéro de leur copain qui travaille à the cave et qui me donnera la meilleure table de cet endroit qui est le plus branché de la ville.

On vit dans un autre espace temps, mais je vais à l’école, je fais partie d’une bande de jeunes. Surtout, depuis que je me suis mise à chanter God’s plan de Drake et que je suis d’accord avec lui. Comme Drake, j’aime ma maman et mon lit.

A 40 ans, on a plus d’un tour dans notre sac.

Pas vrai les amis ?

on peut? ou pas?


Je n’ai pas une minute pour souffler. Je ne m’appartiens plus.

Vous la connaissez aussi cette sensation d’être broyée, ballottée par les obligations, par ce quotidien? Je ne vais pas vous faire la liste de toutes ces choses que l’on fait pour son travail, pour ses enfants, pour sa maison. Je ne vais pas vous les décrire ces éternels recommencements qui donnent l’impression que notre vie ressemble à une immense chaîne d’usine avec ces tâches qui se répètent à l’infini. Elle est si longue cette liste, si rébarbative.

Et puis, il y a toujours quelqu’un pour vous dire que c’est la vie. Un philosophe dans votre entourage qui vous dira que ces moments, vous finirez par les regretter. Le positif de service qui vous fera remarquer, que vous n’avez pas à vous plaindre vous êtes en bonne santé, votre tribu aussi, vous avez un toit et un frigo plein.

Même BFM vous répète en boucle et en images que vous n’avez pas le droit de vous apitoyer.

Alors sans se plaindre, nous maman, femme, qui avons tout pour être heureuse, est-ce que nous avons le droit parfois d’être juste lasse sans commettre un crime ?

D’être par moment désespérées, d’avoir envie de baisser les bras sans être envahies de culpabilité ?

D’avoir juste envie de tremper ses chips au fromage dans le nutella et de passer la journée vautrées sur le canapé devant l’intégrale de Grey’s anatomy ?

D’avoir envie de foncer dans cette fusée et de se retrouver en orbite une paire d’heures dans le calme de l’infini ?

D’avoir envie de s’échouer sur cette île presque déserte mais, quand même bien pourvue en transats, mojitos, sushis, pâtisseries et de se prélasser quelques jours sur ce transat, juste à côté de son amie, elle aussi échouée par hasard sur la même île presque déserte ?

Sans se plaindre est-ce que l’on peut ça ?

Vous en pensez quoi les amis, on peut ou pas ?