vivre du vent et des cigales


J’ai bien profité.

Profiter, c’est ce que l’on entend le plus, quand nous, pauvres expats, rentrons en France.

« Profite bien de la famille, des amis, du saucisson, de ta maison, des yaourts, du champagne, des ruelles ombragées, des marchés, des melons, des pêches, des cigales, des éclairs au chocolat. »

« Profites-en pour aller chez le gynéco, chez le coiffeur, manger à la nouvelle guinguette et aller à l’accrobranche. »

« Profites-en pour respirer la verveine, la pluie, le vent, la dernière-née de la famille, les plans de tomates. »

« Profite des jours qui n’en finissent pas, des repas en tout genre, des confidences et des rires. »

 

J’ai bien profité et maintenant retour à la normale. Retour à la routine avec ses bonnes résolutions. Les bonnes résolutions d’être à la pointe de l’organisation, de ne plus se laisser déborder. Les bonnes résolutions de faire du sport, de s’écouter un peu plus, de prendre du temps rien que pour soi. Et d’avoir une patience à toute épreuve pour sa tribu…

Finalement, il n’y a pas de raison de profiter seulement, pendant les vacances.

Merci les amis pour vos chaleureux messages pendant mon absence. Je vous souhaite de bien profiter de votre journée.

mon ami


On repart à zéro. Il faut tout recommencer. C’est ça l’expatriation. Juste le temps de prendre ses habitudes, juste le temps de se faire des amis, parfois même pas le temps de vider tous les cartons, que l’heure du départ sonne à nouveau.

Un départ souvent précipité, un départ plus ou moins voulu et subi par les enfants. Un nouveau pays, une nouvelle ville, une nouvelle expérience, un nouveau travail, une nouvelle maison, une nouvelle école. Un nouveau départ. Tout est neuf, tout est beau.

Il faut encore prouver ses compétences professionnelles mais aussi humaines. Il faut se refaire un réseau, un tissu social et, avec un peu de chance quelques amis aussi.

Parce qu’il faut bien avouer que tous ces week-ends ou le téléphone ne sonne pas, tous ces restaurants que l’on ne fait qu’en famille, toutes ces sorties qu’entre nous, finissent par être bizarre. Et même pour quelqu’un qui n’est pas antisocial mais plutôt socialement sélectif (pour reprendre une expression vue sur la toile), c’est étrange de vivre autant de choses dans un vase si clos.

Quelque chose manque, et, ce quelque chose, ce sont les amis. Les amis sont dispersés aux quatre vents et, personne n’est là pour un café, un apéro, un Perrier ou un repas improvisé. Pas de week-end en bande, ni de cinéma , ni d’expéditions.

Alors, il faut se refaire un réseau social. Le travail, l’école, les voisins, le super marché, les clubs tout est bon à prendre. Sauf que. Se faire des amis quand on a 40 piges, c’est une autre paire de manches (pour reprendre une expression à la mode dans les années 80).

Ce n’est pas facile quand on est adulte, de créer une histoire, de se raconter. En plus, on a plein de bonnes excuses pour ne pas le faire : la pudeur, la méfiance, la fatigue, le manque de temps, la timidité. Et puis cette peur d’avoir à nouveau à dire au revoir à des gens que l’on aime.

Les Japonais ont trouvé une solution radicale avec la location d’amis. Vous pouvez donc aller dans une agence spécialisée, et louer pour la journée, pour un cinéma ou une sortie shopping un ami. L’ami Kleenex à le vent en poupe au Japon mais pas sûr que ce soit très satisfaisant.

Trouver un ami demande du temps, de l’énergie, de la confiance, une prise de risque.

Bref, croyez moi les amis, un ami ça ne se trouve pas sous les pâtes d’un chameau.

Le retour


Comme tout bon expatrié qui se respecte, juillet est synonyme de retour. Vous avez bien vu que je n’emploie pas le mot vacances. Retour et vacances sont différents, voire, carrément opposés. Le dictionnaire nous dit que les vacances sont : « du temps pris sur les occupations ordinaires ». Avec le retour, on laisse une routine pour en retrouver une autre. On doit gérer, sur une courte période, beaucoup d’impératifs qui se répètent chaque année. La comparaison avec les vacances s’arrête donc là !

Le retour, commence et se termine dans un aéroport. La particularité du retour par rapport aux vacances, c’est qu’il n’y a pas de surprises. On peut voyager les yeux fermés : toujours les mêmes aéroports, les mêmes portes, les mêmes horaires de vol, les mêmes snacks et les mêmes pauses pipi.

Alors c’est quoi le retour pour un expat ?

C’est retrouver une maison fermée pendant des mois. En plus des toiles d’araignées géantes et très peuplées à combattre avec bravoure, il faut gérer les petits travaux. C’est donc le moment d’utiliser la Force. Sa force de persuasion, pour kidnapper faire venir quelqu’un, qui acceptera de travailler chez nous, alors, qu’il a déjà tant à faire pour des clients qui sont là toute l’année, eux !  De plus, à chaque année sa surprise. Cette année, pas d’internet pendant 6 jours !

Il y a une chose capitale qui est liée aussi avec le retour : C’est, l’établissement d’un planning précis des différentes visites. Le jeu consiste à n’oublier personne, ne favoriser personne, et à intégrer les amis de là-bas avec ceux d’ici. Sachant que :

  1. Les journées ne font que 24h,
  2. Qu’il n’y a que deux jours de w.end par semaine, et ce, même durant l’été,
  3. Que chaque personne est libre de choisir ses dates de vacances.

A vous de jouer pour caser tout le monde !

Le retour c’est aussi, gérer les demandes et les besoins des uns et des autres. Étant là pour deux mois, fraiche, disponible et libre, il est facile d’assurer les sorties des enfants, de dépanner quand la nounou est en vacances. Bref, une copine expat c’est comme une copine instit : qu’elle aubaine ! comme dit la Redoute.

Il faut aussi gérer la partie logistique : l’alimentaire, le ménage. Les courses en ligne n’ont plus de secret pour moi. L’épicier de mon village me déroule le tapis rouge à chaque visite. Le congélateur est toujours plein de glaces. Coté ménage, je fais confiance à Mamour,  plus connu sous Irobot. Ne me parlez pas de repassage, je ne comprends pas ce mot. Bref, je pense pouvoir concourir à Bienvenue chez nous avec comme particularité draps froissés.

Il faut aussi voir les médecins et spécialistes que l’on ne trouve dans notre terre d’accueil.  Sachant que, eux aussi, prennent des vacances. Sachant qu’une visite en entraine souvent d’autres… Sachant qu’il va falloir implorer la secrétaire, qui nous a déjà fait une fleur, en nous donnant le RDV le plus proche. Soit, le 23 octobre. Sauf que nous, ce n’est pas une fleur dont on a besoin, c’est le bouquet entier. Bref, il faut savoir se tenir prête a un long discourt qui commencera sans doute par : « vous les expatriés vous êtes coupés des réalités » qui continuera certainement avec : « vous ne vous rendez pas compte».

J’espère que vous n’avez pas encore sorti vos mouchoirs face à cette difficile vie d’expat. Ne vous méprenez pas, ceci n’est pas la complainte d’une pauvre fille en mal de vacances (quoi que). Je suis très heureuse d’être de retour. Je prends le temps de m’extasier sur la pluie, un bout de verdure, le chant des cigales, sur le bleu du ciel, un éclair au chocolat… parce qu’après tout ce sont les vacances non ?

J’espère que pour vous aussi, les amies, ce mois de juillet  se passe bien.

 

 

 

 

 

 

Comment on se dit au revoir


Avez-vous déjà eu à faire quelque chose que vous rejetez ? Quelque chose qui vous fait peur, mais qui est inéluctable ? Pour moi, l’échéance approche et, je ne suis pas prête.

En expatriation, tout comme dans la vie, il y a  des personnes qui partent comme elles sont arrivées. Et puis il y a les autres. Celles qui deviennent la famille. Dans un pays cloitré, comme l’Arabie Saoudite ces personnes-là deviennent le repère.

Comment on se dit au revoir ?

C’est la question que l’on se pose avec ma voisine. C’est ma voisine, car elle habite en face, mais elle est bien plus que cela. Je commence ma journée avec elle (voir 40 ans et ses petits riens) et, je la termine avec elle aussi. Je rentre sans frapper chez elle. Elle rentre chez moi  comme dans un moulin. Mes enfants, sont chez eux, chez elle. Les siens, sont chez eux, chez moi. Quand j’ai un problème, c’est chez elle que je vais. Quand je n’en ai pas, j’y vais aussi.

Comment on se dit au revoir ?

Quand on partage le sucre, nos coups de gueule, des gaufres, nos galères Saoudiennes, du Perrier, des rires, des nems, … Et puis tous ces moments à parler. On parle à deux, et, à quatre durant le W.End. Bien que son Normand de mari ait un humour plus que douteux, bien que mon Breton de mari ait un esprit contradictoire, tout le monde attend ces réunions. Elles sont devenues notre oxygène et nous éviteront, certainement, quelques séances douloureuses chez le psy.

Comment on se dit au revoir ?

Quand les enfants sont à l’image des grands, unis comme les doigts de la main. Dès qu’ils ont un moment de libre, ils le passent ensemble Dès qu’ils peuvent dormir ensemble, ils le font. Ils vont d’une maison à l’autre, naturellement, en sachant qu’ils trouveront à boire, à manger et quelqu’un pour eux. Comment leur dire au revoir quand on les a vu grandir, quand on a autant ri avec eux, quand on a été autant fier de leur victoire ?

Comment on se dit au revoir ?

Quand on a partagé tant de moments simples, uniques et vrais.

Je sais que les au revoir font, partie intégrante de la vie d’expatriés. Je le sais, j’ai signé. Je sais que l’on va se revoir… de temps en temps. Je sais que l’on va se parler … virtuellement.

Ce moment tant redouté est là pour de bon, pour forever. Mais, maintenant je ne sais pas comment dire ni comment faire. Je me sens totalement démunie.

Vous feriez comment à ma place ?

 

40 ans et un frigo vide…


Ca y est c’est le grand jour !

Le jour où tout est possible ou tous les espoirs sont permis. Le grand renouveau est enfin là, c’est le jour… des courses !

En Saoudie les courses sont une véritable aventure.
Une aventure dès le départ de la maison, car, en Saoudie, de conduire tu oublieras. Seuls ces chers Messieurs ont l’immense pouvoir de la conduite. Nous, pauvres femmes, nous contentons d’un chauffeur pour les plus aisées ou d’un bus pour les autres.

Je suis les autres.

C’est donc par bus que je me dirige vers ce lieu de culte, d’espoir : le super marché !

Super marché que l’expérience m’ a permis de choisir en fonction de différents critères : propreté des lieux, fraicheur des produits. En aucun cas, le critère du choix, ne peut être retenu car du choix, y en a pas.
Il faut aussi, faire fasse a une qualité de produits très médiocre :

  • Les légumes et fruits viennent de loin et… ça se voit! En les regardant nous pouvons voir à quel point le voyage a été long, pénible et fatiguant.
  • Il faut aussi être extrêmement regardant sur les produits frais qui n’ont souvent que le nom de frais. La chaine du froid n’est encore ici qu’une vague notion lointaine. Une inspection approfondie est vivement conseillée avant toutes consommations.

Faire face à des produits originaux :

 

Il faut tenir compte aussi, d’un phénomène très particulier : la conservation.

La Saoudie est un pays très conservateur à bien des niveaux et l’alimentation n’échappe pas à la règle. Par exemple, un œuf acheté aujourd’hui sera encore frais dans 3 mois. Ça vous tente un petit tiramisu avec de bons œufs frais ?

Ce phénomène de conservation ne s’applique pas aux humains, et ne pensez surtout pas qu’ici, vous trouverez une source de jouvence avec, à la clé, une éternelle jeunesse. Vivre en Saoudie ça use, ça use … Ca use surtout la femme.

Se pose aussi le problème du :

« mamaaaaaaaaaaaaan tu pourras racheter des Trésor ? »

Après avoir écumé toutes les grandes surfaces, après avoir envoyé une 50aines de messages de détresse aux copines, il faut se rendre à l’évidence que c’est une véritable catastrophe. La poisse totale. Il va falloir aussi, surmonter l’angoisse et le regard désespéré de son cher trio pour annoncer que des Tresor, il n’y en a plus !

Alors pour rester positif on se dit que peut être dans quelques temps il y en aura d’autres, que ça finira bien par arriver.

Et ce jour béni arriva. Sans prévenir sans aucun signe avant-coureur les Trésor réapparaissent enfin. Au Joie ! Au Bonheur ! Je charge ma palette de Tresor dans le bus sous mon abaya et sous 46 degrés et je rapporte mon butin fière comme une amazone. Fière du devoir accompli et impatiente de voir ces 6 petits yeux émerveillés et débordés de reconnaissance.

Sauf que.

On me dit que les Tresor, c’est pas super bon et qu’on préfère maintenant les Chocapics.

 

C’est donc, très sereinement et pédagogiquement, que je remets les pendules à l’heure avec mon trio devenu soudainement Chocapicsien. Posément et sans aucune animosité j’expose les faits :

  1. A savoir que pendant 6 mois, soit 180 matins, il a été exigé des Trésor,
  2. à savoir que pendant 6 mois, soit 180 jours, j’ai écumé TOUS les rayons de TOUTES les grandes surfaces,
  3. à savoir que pendant 6 mois, soit 180 nuits, je n’ai rêvé que de Trésor.

Pour entendre quoa ????

Pour clôturer, et ce, pour au moins les trois prochains mois, c’est Tresor à tous les petits déjeuner et… avec le sourire.

Fermons cette parenthèse et dirigeons nous avec notre cadi à débordement vers la caisse où, nous avons droit à un service quatre étoiles. Avec un ou une caissier(e) qui n’a jamais entendu parler de rendement, et qui passe, paisiblement, chaque article. Articles, en suite, réceptionnés par une personne qui vous range les courses dans des sacs ( un article égale un sac plastique !).

C’est donc, les bras chargés et, avec systématiquement comme trio gagnant : carottes, poulet, pâtes que je me pose  l’éternelle question : «qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire à manger ? ».

A 40 ans ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent.

Elles se passent comment vos courses ?