avant de partir


« Tu crois que c’est le même bordel chez les autres, le matin ? » philosophe le chef de meute au moment d’attaquer la semaine. Mais, personne n’est là pour disserter sur ce vaste sujet.

Il y en a un qui cherche sa trousse. Alors que la veille le cartable était fin prêt, et, que nous avions eu droit à des : « noooon, j’ai toooooout. » Suivi de : « noooooon, j’ai rien oublié. » Clôturé par des : « Je sais ce que je dois y mettre, j’suis pas bête  quand même.» Débité avec une pointe d’exaspération, un soupçon d’agacement et sans oublier les yeux qui roulent vers le ciel. Histoire que l’au-delà soit aussi témoin, de cette injustice et de ce manque total de confiance.

Il y a l’autre au même moment qui se met à hurler : « Qui m’a piqué mes chaussures d’école ?? Je les avais rangées là ! » Après la trousse, nous voilà encore plongés dans un autre mystère. Mystère, qui ne tarde pas à se résoudre, car s’ensuit assez rapidement : « J’en ai une !!! Elle est où l’autre ? Qui m’a planqué l’autre chaussure ? » La clé du mystère semble toute proche et tous les espoirs sont permis, mais, ce n’est pas encore gagné.

Et le troisième luron qui rajoute la bouche en coeur : « Qui vient me chercher au match de rugby à 16h15 ??? » Match, qui a dû se décider dans la foulée entre 2h et 3h du matin, puisque la veille au soir, il n’en a jamais était question.

Je vous passe les : « On a plus d’élastiques !» Alors que nous avons un budget élastique qui avoisine le PIB de la Chine. Je vous passe aussi les : « J’peux pas te tel pour te dire quand j’ai fini, j’ai plus de crédit. » Alors que nous avons un budget portable qui avoisine le compte en banque du roi Salmane d’Arabie Saoudite. Et puis les : « Remplis-moi le formulaire de 5 pages pour la sortie en montagne. Faut le rendre aujourd’hui. »

Tout cela, bien évidemment, au moment où nous devrions être dans la voiture à s’encourager mutuellement, à partager des ondes positives et chaleureuses tout en chantant avec Serena, I’ve been running with the wolves.

Pour être honnête les amis, il y a des jours que j’y partirais bien dans la jungle à courir avec les loups.

Bref, notre dimanche, c’est votre lundi à vous. Les amis, c’est le même bordel chez vous le matin ?

c’est trop facile


Par une belle matinée ensoleillée en attendant le bus (1) pour aller au mall (2).

Moi, en prenant un air vachement intéressé : « Alors, comment s’est passée la première rentrée de la petite ? » (NDLR : Petite qui a donc dans les 3 ans.)

L’autre maman l’air pas contente : « On n’est pas content, ils n’ont pas de devoirs et ne font que jouer à l’école. »

Moi, dans ma tête en prenant un air vachement outré « Comment ! Ils n’ont pas encore commencé le programme de chimie quantique ? Au prix où sont les écoles, c’est une véritable honte, un véritable scandale ! »

Moi, à la maman : « Ils font connaissance, ils apprennent  à vivre ensemble. Les devoirs viendront surement après ».

Moi, sauvée par le bus juste au moment où j’aillai l’aider à préparer les banderoles et, où j’allai proposer de venir m’attacher avec elle aux portes de l’école. Genre de chose plutôt dangereuse, voir inconsciente, dans un pays où les manifs sont totalement interdites.

Je suis montée dans le bus et, me suis assise. Un peu à l’écart. Je sentais que ma conscience avait un truc à me dire, et, que ça allait chauffer.

Ma conscience hyper énervée à moi : « C’est trop facile de te moquer d’une maman dont c’est la première rentrée de classe. »

Et qui reprend tel un boxeur prêt à m’achever : « C’est trop facile de te moquer d’une maman qui veut le meilleur pour sa fille. »

Et qui termine avec : « C’est trop facile de te moquer d’une maman qui vient d’un pays où 276 lycéennes ont été enlevées juste parce qu’elles allaient à l’école. »

Complètement assommée par ces trois vérités. J’ai compris. L’école est un lieu de vie, d’échange, d’ouverture aux autres et de partage. L’école est bien sur un lieu de sociabilisation pour ces touts petits.

Mais pas que ça.

Nous, parents, y rajoutons nos craintes, nos espoirs, notre histoire. Et cela se respecte. Je l’ai compris aujourd’hui et, je le respecte profondément.

Chacun rêve l’Ecole à sa façon, l’imagine avec ses espoirs, la colore avec ses projets. Il n’y a pas une Ecole mais, une multitude d’Ecoles. Le plus important dans toutes ces Ecoles, c’est cette chance de pouvoir y aller librement, en toute sécurité et avec respect des autres.

Je suis sortie toute groggy du bus.

On ne vous oublie pas - Bring back our girls
C’était le 14 avril 2014
  •  (1) Bus : nous vivons dans un compound. Une petite ville au milieu de la ville. Toutes les maisons, une centaine, sont identiques. A l’intérieur il y a des parcs, piscines, terrain de tennis, de foot, coiffeur, supérette. Tout cela entouré de hauts murs et gardé par l’armée. Les femmes peuvent s’y habiller librement et les enfants peuvent y circuler en toute sécurité. Le compound a mis en place un système de bus à heures précises pour apporter les femmes dans les mall.  Comme vous le savez en Arabie-Saoudite la femme ne peut pas conduire.
  • (2) Mall : immenses centre commerciaux où vous avez : cinéma, bowling, parc aquatique et j’en passe. En Arabie-Saoudite, tous les loisirs sont bannis. Les mall se composent d’un nombre incalculable de boutiques et de fast-food. Et puis c’est tout !