ce n’est pas facile la vie


C’est quand même assez ingrat comme boulot, mais je ne me plains pas. C’est mon travail, ma mission, et puis, on est deux. Alors ça aide. Il y a des fois, je vous assure que ce n’est pourtant pas facile. Je dois même souvent, faire mon boulot en apnée. L’odeur est tellement forte que j’en pleure. Et puis, il y a ce manque de considération. Je suis celle que l’on ne voit pas, celle que l’on cache. Mais on est deux. Alors, ça aide.

Le pire ce n’est finalement pas la journée de boulot. C’est l’après, le plus dur. Je suis arrachée et jetée, comme une vieille chaussette. Pourtant, je ne suis pas vieille !  Je suis presque tout le temps séparée de l’autre. Parfois, on a quand même de la chance et on se retrouve toutes les deux. Alors, étroitement liées, on se réchauffe, on prend des forces et on sait que l’on repartira très vite pour une autre journée de boulot.

Et quand le soir viendra, je me retrouverai à nouveau, dans un endroit que je ne connais pas. Parfois, au milieu de personnes bruyantes et bien vivantes. Parfois, dans un endroit sombre, étroit et silencieux. Mais, c’est pareil pour moi. Personne ne me regarde. On me marche dessus. Personne ne me ramasse. Je ne suis qu’une petite chose insignifiante. Je suis encore et toujours seule. L’autre, n’est plus qu’un lointain souvenir.

Je suis sale et je sens mauvais. Alors, j’attends. Je finis par me retrouver avec d’autres, aussi seules que moi.  On attend, entassées les unes sur les autres. On attend. Il y en qui disent qu’on finira en chiffon pour la poussière, d’autres pensent que ce sera en bouillotte sèche où en doudou. On rêve d’une seconde vie. D’une vie meilleure. On attend.

Et puis un jour, c’est mon tour. Le capot se ferme, il fait noir et je disparais comme une saleté que je ne suis pourtant pas.

Ce n’est pas facile la vie d’une chaussette