ce jour-là


Ce jour-là, je faisais une compote pommes et coings. C’est tellement bon le coing avec ce petit goût sauvage. Mais, il est si difficile à couper et à trier que j’étais super concentrée à ne pas y perdre un doigt ou m’ouvrir une veine.

Mon Iphone de l’époque s’est mis à vibrer une fois, puis deux, puis trois, puis de façon répétée et entêtante.

J’ai lâché mon couteau et, avec des mains collantes et dégoulinantes, j’ai attrapé ce troubleur de compote.

Une série de messages d’Europe 1, d’alertes. Et puis, des mots : morts, attaque, Charlie.

Je me lave les mains et allume BFM. Cette chaîne deviendra mon centre d’intérêt pendant des heures, des jours. Jusqu’à l’indigestion, l’écœurement, le dégout et la nausée.

Charlie à fait place à la traque des frères Kouachi. La traque à fait place aux défilés, à la peur, aux commémorations, à François Hollande et sa fiente de pigeon, à l’horreur, aux bougies, aux belles paroles, à l’espoir.

Le début d’une longue série qui, nous promet-on, n’est pas prête de s’arrêter.

Je ne me souviens plus si j’ai finalement terminé cette compote, mais je me souviens parfaitement de ce moment. Cette année encore, et, même sans piqûre de rappel de la télévision et d’internet, cette date raisonne en moi. C’est une date marquante, comme l’anniversaire de la mort d’une personne chère, comme un tatouage. Mon corps entier se souvient d’elle.

Ma mère me raconte souvent ce qu’elle faisait quand elle a appris qu’on avait marché sur la lune. Elle me le raconte, comme si c’était hier. Cette date fait partie maintenant de son histoire personnelle.

Des moments historiques qui rentrent dans le quotidien des anonymes et le marquent à jamais. Ces moments qui ne nous concernent pas directement mais, qui font partie de nous. Ces moments qui dépassent nos petites vies. Ces moment qui nous relient à l’humanité. Ces moments que nous revivons à l’infini comme si c’était hier.

Et vous les amis, vous faisiez quoi ce jour-là ?