mon uniforme


« Ici, vous n’êtes pas en Arabie, vous êtes chez moi. Vous pouvez enlever l’abaya ». Me dit le responsable de l’écurie avec en prime un grand sourire.

C’est un honneur et un signe de respect. Juste quelques mots, qui soulignent combien les femmes sont les bienvenues chez lui.

Cette abaya, c’est mon uniforme. Uniforme, obligatoire. Je la porte donc,  automatiquement, sans état d’âme, sans grand intérêt. Elle a 5 ans, elle est râpée, usée, mais je ne veux pas dépenser un sous dans l’achat d’une nouvelle. Affaire d’honneur.

Ce Monsieur m’offre le choix, cela ne se refuse pas.

Sauf que.

Qu’est-ce que je porte dessous ? Je ne porte pas un short, mais un pantalon.  Je suis sauvée. Par contre pour le haut ce sera un débardeur.  Je  roule donc cette fameuse abaya autour de mes épaules histoire de les cacher.

Et puis, on discute avec ce Monsieur qui vient de Géorgie. Il est en Arabie depuis 20 ans. C’est dire s’il les connaît, les Saoudiens et leurs contradictions. « Ils ne sont pas comme tout le monde », revient souvent dans son discours.

Et puis, il connaît François Hollande. Il me demande si j’en suis contente. Il me demande quand est-ce que l’on aura une femme Président ?

La semaine suivante, il me dit Bonjour en Français, et me propose du thé. Moi, j’ai mis mon jogging, mes baskets et un haut décent. J’en profite pour marcher librement sans cette enveloppe obscure. Je me sens normale, un peu plus humaine sans cette couverture ébène.

Vous avez compris les amis, que cette visite, dans ce centre équestre, est un bonheur pour ma fille comme pour moi. Un bonheur, grâce à la gentillesse de ce Monsieur. Un Monsieur, qui veut que tout le monde se sente bien chez lui, y compris les femmes. Un Monsieur d’une grande gentillesse, d’une grande curiosité et d’une grande joie de vivre.

Shoukran cher Monsieur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vous habitez en Arabie ! mon abaya et moi


Le fait de vivre en Arabie Saoudite déclenche tout plein de réactions et de curiosité. Alors, j’ai décidé de vous faire découvrir, un peu plus concrètement, ma vie de tous les jours dans ce pays si mystérieux.

« Vous habitez en Saoudie ! Mais vous êtes obligée de vous voiler ? »

Je suis obligée de porter l’abaya pour sortir. L’abaya est une robe longue, difforme, noire que l’on porte sur ses vêtements. Il existe des versions avec des liserés gris, des paillettes, des broderies, des dentelles. Personnellement, je fais dans le classique et dans la discrétion. Pour les expatriées comme moi, l’abaya est notre uniforme de sortie. Nous n’y prêtons guère d’attention.

abaya

Pour les Saoudiennes, il en est tout autre. C’est un vêtement de leur garde-robe très important, et, elles la choisissent avec soin. Il faut savoir qu’avec le sac à main et, parfois un bout de chaussures, ce sont les seules choses que l’on peut voir d’elles. Le ministère de la promotion de la vertu et de la répression du vice (il existe pour de vrai) exige que les abayas ne soient pas provocatrices avec trop d’originalités et trop de couleurs.

Concernant le voile, je ne me voile pas systématiquement. Les Saoudiennes, cachent leur visage en mettant un voile noir devant leur bouche et nez de façon à ce que l’on ne voit que les yeux. D’autres, mettent, carrément, un voile noir sur l’ensemble de leur visage. J’ai essayé pour tester  le champ de vision qu’elles peuvent avoir. C’est épouvantable et, je ne vous parle même pas, de la suffocation que l’on a dessous.

saoudienne

En Arabie Saoudite, il y a la police religieuse, la mutawa, qui a un rôle très important dans la vie de tous les jours. La mutawa travaille pour le gouvernement Saoudien pour la promotion de la vertu et la répression du vice. La mutawa porte toujours une longue barbe et une tenue blanche particulière. Ils sont chargés de faire respecter les cinq prières : vérifient que toutes les enseignent ferment bien et que les hommes aillent bien prier. Ils vérifient que les femmes soient correctement voilées. Ils  sont toujours accompagnés d’un policier et n’ont pas le droit de parler, ni de regarder directement une femme. Quand vous êtes avec votre mari, il s’adresse directement à lui. Quand vous êtes seule, il vous aboie de vous couvrir la tête sans vous regarder dans les yeux.

Du côté des Saoudiens la Mutawa n’est pas très populaire non plus. Ils sont très sévères concernant la tenue des femmes. Un vernis à ongle « provocant », des chaussures trop ouvertes, un visage pas assez caché sont pour elles source de problèmes.

Et pour finir, quelques anecdotes vestimentaires :

  • J’avais un rendez-vous assez stressant à l’hôpital et, je suis donc partie avec mon taxi habituel. En arrivant sur place, je me suis aperçue que, non seulement j’avais oublié mon abaya, mais que j’étais en robe blanche. Hors de question de sortir dans cette tenue hautement provocante et choquante. Mon chauffeur m’a prouvé ses talents de pilote pour retourner chercher mon abaya et arriver à l’heure à mon RDV.

 

  • Ma fille a eu un accident et, je suis partie avec elle sous le bras, en état de choc, mais surtout sans abaya. J’ai bien compris que quelque chose clochait aux regards de certains. Après une batterie d’examens, la nurse a placé ma fille en observation dans une grande salle. Elle nous  a aussi sec encerclées à l’aide de rideaux. Nous étions totalement enfermées. Je lui ai demandé de ré ouvrir. Elle m’a répondu assez choquée qu’elle ne pouvait pas, car je n’avais pas mon abaya.

 

  • Je sortais d’une boutique quand j’entends d’une voix posée et presque douce : «Couvrez-votre tête s’il vous plait». En Anglais évidement. Je  suis restée tellement surprise par cette politesse que je n’ai pas couvert ma tête immédiatement. Je l’ai couverte bien après et, j’ai gardé le voile toute la matinée tant j’étais surprise ! Habituellement, nous jouons au chat et à la souris. Dès que la mutawa tourne le dos, nous nous découvrons immédiatement. Notre façon d’être rebelles !

En Arabie, sans abaya tu ne sors pas !