mon uniforme


« Ici, vous n’êtes pas en Arabie, vous êtes chez moi. Vous pouvez enlever l’abaya ». Me dit le responsable de l’écurie avec en prime un grand sourire.

C’est un honneur et un signe de respect. Juste quelques mots, qui soulignent combien les femmes sont les bienvenues chez lui.

Cette abaya, c’est mon uniforme. Uniforme, obligatoire. Je la porte donc,  automatiquement, sans état d’âme, sans grand intérêt. Elle a 5 ans, elle est râpée, usée, mais je ne veux pas dépenser un sous dans l’achat d’une nouvelle. Affaire d’honneur.

Ce Monsieur m’offre le choix, cela ne se refuse pas.

Sauf que.

Qu’est-ce que je porte dessous ? Je ne porte pas un short, mais un pantalon.  Je suis sauvée. Par contre pour le haut ce sera un débardeur.  Je  roule donc cette fameuse abaya autour de mes épaules histoire de les cacher.

Et puis, on discute avec ce Monsieur qui vient de Géorgie. Il est en Arabie depuis 20 ans. C’est dire s’il les connaît, les Saoudiens et leurs contradictions. « Ils ne sont pas comme tout le monde », revient souvent dans son discours.

Et puis, il connaît François Hollande. Il me demande si j’en suis contente. Il me demande quand est-ce que l’on aura une femme Président ?

La semaine suivante, il me dit Bonjour en Français, et me propose du thé. Moi, j’ai mis mon jogging, mes baskets et un haut décent. J’en profite pour marcher librement sans cette enveloppe obscure. Je me sens normale, un peu plus humaine sans cette couverture ébène.

Vous avez compris les amis, que cette visite, dans ce centre équestre, est un bonheur pour ma fille comme pour moi. Un bonheur, grâce à la gentillesse de ce Monsieur. Un Monsieur, qui veut que tout le monde se sente bien chez lui, y compris les femmes. Un Monsieur d’une grande gentillesse, d’une grande curiosité et d’une grande joie de vivre.

Shoukran cher Monsieur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

interdite


Il nous est si familier cet écriteau « Interdit aux chiens » que l’on n’y fait plus attention. Pour certains, cette interdiction est injuste. Pour d’autres, elle est justifiée. Mais, elle est établie. Tout le monde fait avec.

 

En Arabie Saoudite, ce genre d’interdit vise la femme. La femme est interdite au volant, interdite d’exercer certaines professions, interdite de voyager sans autorisation, interdite dans les stades,…  Pour certains, ces interdictions sont injustes. Pour d’autres, elles sont justifiées. Mais, elles sont établies. Tout le monde fait avec.

 

Ne pensez pas que l’on puisse avoir des dérogations : jeunes filles, adolescentes, mamans, vieillardes, on est toutes dans le même panier.

 

Alors, les moments de liberté, je les savoure. Je savoure particulièrement ce match de rudby qui se joue à Bahrain mensuellement. Bahrain qui est le royaume voisin.  C’est notre bouffée d’oxygène familial, un moment de détente et de partage simple. Des femmes et des hommes se sourient, se parlent et rigolent.  Vous vous rendez compte ?

 

Alors, j’explique à mes filles que les femmes ne devraient jamais être traitées comme cela. Qu’une femme à le droit de choisi sa propre vie. Que la femme est forte, courageuse, talentueuse et qu’elle n’est pas un humain de seconde classe.

 

Alors, je relativise. Un jour, je partirai, je pourrai aller où bon me semble et faire ce que je veux. Mais, elles resteront là. Ces femmes, qui font de longues études et qui ne peuvent pas exercer leur profession. Ces mamans qui ne verront jamais leur fils jouer. Ces femmes qui dépendent d’un homme pour prendre la moindre décision les concernant. Condamnées, tout simplement car elles ne sont pas du bon sexe.

 

Mais en Arabie Saoudite, j’ai vu des femmes modernes, courageuses, talentueuses, intelligentes, belles fortes et qui se battent pour faire changer ce système. Le changement viendra d’elles soyez en sûrs les amis. Les Saoudiennes n’ont pas dit leur dernier mot.

 

 

 

 

 

vous habitez en Arabie : C’est comment un compound ?


Suivez-moi, je vais vous faire visiter mon compound.

Mais avant je vous explique. Toutes les maisons y sont identiques, avec les mêmes  jardins et mêmes meubles dans toutes. La seule différence est la superficie, certaines sont plus grandes que d’autres, mais le nombre de pièces reste le même. Ces 159 villas sont entourées de hauts murs et de barbelés. Vous y entrez par une seule porte, gardée jour et nuit, par l’armée. Nous avons donc kalachnikov et régulièrement un tank comme accueil.  Si vous n’habitez pas le camp, vous devez y être invité et montrer patte blanche pour y rentrer. Mais, aujourd’hui, vous êtes mes invités alors, allons-y.

L’intérieur du compound  contraste avec l’extérieur. Il est fleuri et propre, les femmes n’ont pas le droit de se cacher le visage et, nous pouvons nous habiller comme nous le souhaitons. Les femmes peuvent  aussi y conduire, mais, tout peut se faire largement à pied ou à vélo. La mouttawa ne rentre pas dans les compounds ce qui permet d’avoir une vie plus libre.

Vous avez  à votre disposition une belle et grande piscine, une salle de gym, un salon de beauté, une supérette, deux salles de réception que vous pouvez demander pour organiser une fête, des terrains de tennis, squash, foot, une pre-school (pour les enfants entre 3 et 4 ans), une nursery (pour les plus petits), des tables de billard, ping-pong, flipper, des aires de jeux à l’extérieur pour les enfants, un système de bus pour les écoles et pour les mall. Nous avons aussi un restaurant qui s’est vite transformé en bar à chicha et qui rencontre un véritable succès. Il faut savoir que tous ces bars ont fermé en ville et donc, de nombreuses personnes, y compris des Saoudiens, se font inviter pour fumer  tranquillement une chicha.

Il y a aussi en permanence un garde qui surveille la sécurité des enfants. Ici, les enfants sont libres de sortir, d’aller chez les copains dès le plus jeune âge. Les voitures roulent au pas, l’accès à la piscine est interdit aux moins de 12 ans sans accompagnement.

Le compound, si vous avez des enfants jeunes, est un endroit idéal, mais, parce qu’il y a un mais. Imaginez- vous vivre tout le temps avec les mêmes personnes, enfermés entre quatre murs. Vous allez à la piscine, au parc, faire un tennis et, c’est toujours les mêmes personnes que vous rencontrez. Pire, imaginez-vous vivre enfermé, sans avoir la possibilité de vous échapper quand bon vous semble.

Dans mon compound se côtoie tout plein de nationalités : Pakistanais, Indiens, Malaisiens, Américains, Brésiliens, Roumains, Algériens, Marocains, Tunisiens, Egyptiens, Italiens, Turcs, Français, Nigériens, Mauritaniens, Maliens, Syriens, Vénézuéliens, Indonésiens, Libanais et j’en oublie très certainement.

Vivre avec autant de nationalités est une grande richesse et un bon apprentissage sur la tolérance. Mais, le racisme n’est, hélas, pas une particularité française. Croyez-moi.

Les familles se fréquentent par affinités, mais tout le monde se dit bonjour. Le record de durée est une famille qui vit dans mon compound depuis 19 ans. Ce n’est d’ailleurs pas rare de voir des familles vivre en Arabie depuis très longtemps, surtout dans la communauté Libanaise, très implantée dans la ville où je vis.

Il y a aussi de nombreuses activités proposées. Du sport pour les enfants et les mamans, des cours de peinture, de cuisine, de français ;)… De grandes fêtes sont organisées par les mamans : Halloween,  Noël, des soirées cinéma. Chaque année, une centaine de Harley viennent défiler et, il est proposé aux enfants de faire un tour dessus.  Il y a aussi de nombreuses fêtes et barbecues qui se font à titre individuel.

Pour faire vivre un compound il faut beaucoup de travailleurs. Et, il y en a beaucoup : des jardiniers, des plombiers, des maçons, des menuisiers. Vous trouverez tous les corps de métier. Il faut savoir que si vous avez un problème, vous appelez un numéro et l’on vous envoi très rapidement et gratuitement la personne qui le réparera.  Je vous parlerai de ces personnes dans un autre article. Elles le méritent bien.

Tous les compounds ne se valent pas et, si j’ai un conseil à donner aux expats qui veulent vivre en Arabie, c’est celui de bien le choisir. C’est l’endroit où vous tissez votre lien social, c’est l’endroit où vous élevez vos enfants, c’est l’endroit où tout simplement vous vivez.  C’est votre bouffée d’air, votre petit espace de liberté, même si cette liberté est relative. Pouvoir tout simplement, aller à la piscine en maillot avec votre famille, pouvoir faire son sport en short c’est déjà beaucoup en Arabie.

Maintenant, fini le blabla et place aux images.

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Je ne peux pas vous quitter sans vous raconter une petite anecdote :

Vous vous rappelez de mes voisins que j’adore mais qui sont partis voir Comment on se dit au revoir. Chez eux, c’était chez nous et, chez nous chez eux. Bref, on rentrait chez les uns et les autres sans frapper.  Sauf, qu’un jour  je me suis retrouvée en plein milieu du salon de la voisine de ma voisine. J’espère que vous suivez. Les maisons se ressemblent toutes et perdue dans mes pensées, je suis rentrée dans la maison d’à côté. La voisine de ma voisine qui regardait tranquillement la TV a plutôt était surprise de me voir débarquer. J’ai bafouillé quelque chose et me suis sauvée…

 

vous habitez en Arabie : ils sont comment les mall ?


En Arabie Saoudite, il y a beaucoup de mall. Vous savez, ces centres commerciaux XXL à l’Américaine. Tous les codes classiques y sont respectés : un dédale de boutiques, des aires de jeux pour les enfants, des restaurants et les fameuses allées de food court. Le food court est un endroit où est rassemblé un nombre impressionnant, et varié de fast food, avec des tables communes où vous mangez ce que vous venez de choisir. Vous y trouvez toutes les grandes chaînes Américaines, de la restauration Libanaise, Asiatique, Iranienne et de délicieux shawarmas. Je vous laisse deviner devant quel fast-food la file d’attente est toujours la plus longue !

Dans ces food court, comme dans tous les restaurants et cafés, vous avez deux espaces : un pour les hommes seuls, et un pour les femmes et les familles.

Vous avez bien compris qu’en Arabie, les loisirs sont inexistants, ce n’est donc pas la peine de chercher où sont les cinémas et les bowlings, car il n’y en a pas. Il n’y a pas de musique, dans les boutiques non plus. Vous trouvez toutes les grandes enseignes du monde entier sans aucun problème mais, les bookstores de type virgin ont un choix très limités. A part cela, vous pouvez vous imaginer facilement dans un mall au Texas (petit clin d’œil à ma copine MissTexas ).

Comme dans beaucoup d’espaces publics du monde entier, les hommes, sont priés de laisser le short à la maison et d’enfiler un pantalon. Cette règle n’est pas complétement suivie et nous voyons régulièrement, des hommes en short. Il est aussi, interdit aux enfants les rollers, trottinettes et compagnie mais, là aussi, la règle, n’est pas très respectée.

Il y a certaines règles particulières au pays.

Vous pouvez croiser la Mouttawa qui est la police religieuse. Il faut donc, respecter les codes vestimentaires. Si vous les avez oubliés, vous pouvez vous rafraîchir la mémoire avec :vous habitez en Arabie ! mon abaya et moi

Dans certaines boutiques, les hommes ne sont pas les bienvenus. Cela concerne principalement les boutiques de lingerie et de maquillage.

Les hommes ne peuvent pas rentrer dans un mall, le week-end. Il faut qu’il soit accompagné de sa famille où d’enfants.

Certaines parties du mall ne sont réservées qu’aux femmes, on les appelle très justement « lady avenue ». Elles peuvent donc y enlever le voile tout en étant à l’abri d’un regard masculin.

Les boutiques ferment pendant les heures de prière. Il faut compter une fermeture d’une vingtaine de  minutes pour chaque prière.  C’est devenu tellement naturel pour nous, que mes filles, quand elles jouaient à la marchande, fermaient elles aussi, leur magasin pour la prière !

Mais, il n’y a pas que les malls en Arabie. En ville, vous trouvez de nombreuses petites boutiques gorgées de trésors.

des règles particulières dans les mall en Arabie Saoudite
des règles particulières dans les mall en Arabie Saoudite

Un de mes endroits favoris ressemble à la caverne d’Alibaba. Vous y trouvez trois immenses étages d’un mélange de bric à brac, et, de tout ce dont vous avez besoin pour la couture, la peinture, la sculpture et j’en passe. Si vous avez besoin d’un costume de pompier, d’une figurine grandeur réelle de la reine des neiges, d’un système solaire animé, vous pouvez le commander ici. Le « boss » de cette boutique est un Monsieur d’une soixantaine d’années, petit par sa taille, mais grand par sa gentillesse. Il parle un peu Français et me dit qu’à son époque le Français était très étudié en Arabie.

Il y a aussi de nombreuses boutiques où l’on vous répare ce que vous voulez : votre machine à coudre, votre aspirateur et votre dernier IPhone. Il y a aussi des magasins de jouets dans lesquels vous trouverez des jeux anciens.

Bref, vous avez compris que vous pouvez trouver des petites merveilles. Les mall restent quand même des endroits très prisés ici, particulièrement lorsqu’il fait très chaud.

Si vous faites les mall et boutiques vous remarquerez que certains emballages sont gribouillés de noir afin de cacher le corps de la femme. Je me demande toujours si c’est un vrai travail gribouilleur de corps de femme.

des règles particulières dans les mall en Arabie Saoudite
des règles particulières dans les mall en Arabie Saoudite

Quelques anecdotes :

Il me fallait une carte téléphonique et, quand tu es une femme, ta carte téléphonique tu achèteras dans la section femme de ton opérateur. Section femme, qui se trouve dans la lady avenue. J’étais avec mon fils de dix ans à l’époque, quand le garde à l’entrée lui demande de m’attendre. Il m’a fallu argumenter, sortir sa pièce d’identité et, insister sur le fait, qu’à 10 ans, on n’est pas un homme. Bref, pour une chose banale, j’ai perdu une demi-heure à discuter pour que mon fils vienne avec moi. Une fois rentrés, nous n’étions pas bien plus à l’aise, car les femmes se voilaient à la vue de mon fils.

Il faut savoir aussi, que quand je retire de l’argent où que j’achète quelque chose, mon mari reçoit, sur son portable un SMS dans la seconde qui suit avec le montant retiré !

J’étais dans une petite boutique d’huiles essentielles en ville. La personne qui m’a reçu m’a fait clairement comprendre que non, elle ne parlait pas Anglais, et que non, elle n’avait pas de temps à me consacrer. J’y suis retournée le lendemain, en version Saoudienne, complétement voilée. La personne de la veille, qui avait surement appris l’anglais pendant la nuit, m’a conseillé, m’a fait découvrir des huiles que je ne connaissais pas, m’a même escorté jusque dans mon taxi. En apnée sous mon voile, j’avais quand même hâte de partir ! C’est le seul accueil désagréable que j’ai eu en cinq ans.

Comme vous le savez maintenant, les hommes seuls, ne peuvent pas rentrer dans les mall durant les week-ends. C’est donc régulièrement, qu’un homme s’incruste avec vous pour rentrer. Parfois, certains vous le demandent mais le plus souvent, non. Il est d’usage, si vous connaissez un ami célibataire, de lui téléphoner pour qu’il puisse y rentrer, en même temps que vous.

A la caisse, au moment de payer, il faut éviter d’effleurer la main de l’autre. Ici, on n’aime pas les contacts, et personnellement, je ne me couvre pas les mains avec des gants. J’ai donc  une technique pour éviter ce contact. Technique qui est devenue tellement automatique que je l’utilise aussi en France !

L’Arabie ca marque une vie ! A très bientôt les amis.

vous vivez en Arabie ! Mais vous y faites quoi ?


Personne ne va en Saoudie pour y passer des vacances. Le Royaume ne délivre pas de visas de tourisme. Si vous souhaitez y venir, ce sera soit pour le travail, soit pour un voyage religieux. Et, si vous souhaitez profiter de votre pèlerinage pour visiter le pays vous serez déçus. Il ne vous sera pas offert d’aller ailleurs que sur les sites religieux.

Si vous n’avez pas de travail, si vous ne faites pas de voyage religieux, mais que vous voulez quand même venir à titre personnel, c’est possible. A condition d’y être invité ou  trouver un parrain qui fasse toutes les démarches pour vous. Sachez que pour toutes demandes de visas, est demandé la religion, si vous y notez « sans religion » votre visas sera automatiquement refusé.

Les Saoudiennes que je connais sont des femmes très instruites, très ouvertes. Une d’entre elles à son diplôme de Neurologue, mais n’a pas le droit d’opérer. Elle assiste donc le chirurgien pendant les consultations. C’est une situation très frustrante,  comme vous pouvez l’imaginer. Il y a peu de temps une avocate, femme, a pu plaider pour la première fois, et, elles commencent aussi à être présentes sur la scène politique. Les choses semblent donc avancer. Depuis la chute des cours du pétrole, la vie est de plus en plus chère et il devient difficile de vivre avec un seul salaire. Ne croyez surtout pas que tous les Saoudiens sont riches et fortunés, loin de là. Les femmes auront certainement, un rôle important dans la vie économique. Nous voyons, depuis quelques mois une recrudescence des femmes aux caisses des supermarchés. J’espère que ce n’est que la partie immergée et qu’elles pourront accéder facilement à des postes supérieurs.

Sachez que les Saoudiennes que je fréquente sont assez libres et aisées. Elles ont la liberté de venir étudier le Français chez une expat. Je vous assure que cela n’est pas donné à toutes !

Il faut aussi savoir qu’elles ne peuvent pas travailler, étudier ou voyager sans l’accord de leur mari, père, oncle ou frère suivant les cas. Une Saoudienne me disait justement que les femmes de son pays restent mineures à vie, elles ne peuvent pas prendre librement leur propre décision.

Concernant les expats, il y a celles qui travaillent, celles qui sortent à tous les coffee morning, celles qui écument tous les centres commerciaux, celles qui font du sport, de la couture, de la cuisine… Bref, celles qui se découvrent des talents inconnus avant leur arrivée dans le Royaume. Les enfants reviennent de l’école aux environs de 14h et les après-midi se partagent entre les devoirs, les copains et les activités. Activités très nombreuses dans les compound et avec beaucoup de solidarité aussi. Il y a tant à dire que je vous en parlerai dans un autre épisode.

Nous sommes donc en Arabie pour le travail. Les loisirs sont très limités, car le royaume n’en offre aucun où très peu. Même si Riyad, la capitale, en est un peu mieux pourvue, les musées sont rares. Les théâtre et cinémas sont interdits. Les ambassades proposent aussi, régulièrement des spectacles.

Par contre, vous trouverez très facilement un mall. Ces grands centres commerciaux ont leur particularité propre. Je vous parlerai (aussi !) de ces règles dans un prochain épisode. On y trouve en plus des boutiques et des fast-foods, des espaces de jeux pour les enfants, des manèges, mais rien pour divertir les adultes. Il n’y a pas de tourisme au sens que nous le connaissons, donc rien n’est développé pour mettre en valeur les sites intéressants à visiter.

Pour avoir des loisirs les expats s’organisent. Barbecue au bord de la piscine, fêtes et anniversaires font partie intégrantes d’un week-end Saoudien type.

La région où j’habite est toute proche de Bahreïn. Bahreïn est un petit royaume voisin qui offre les loisirs et les cinémas qui manquent ici. On peut même y trouver de l’alcool, chose totalement interdite en Arabie. Les Bahreïnites sont donc envahis par une horde de Saoudiens et d’expats qui viennent s’amuser de l’autre côté de la frontière. Les jeunes viennent surtout, pour y faire la fête. Les familles profitent entre autres, des parcs aquatiques, des cinémas. Le passage à la frontière pour aller à Bahreïn peut parfois durer de longues heures alors que nous sommes vraiment tout proches. Tout le monde aime s’amuser et les Saoudiens n’échappent pas à la règle.

Et pour finir une petite anecdote :

Quelle ne fût pas ma surprise d’apprendre qu’une Saoudienne qui vient étudier chez moi,  a 32 ans et n’est toujours pas mariée. Elle m’a raconté, combien c’est rare dans son pays pour une femme de son âge de ne pas l’être. Elle me raconte, que sa liberté elle la doit a un père trop âgé pour imposer quoi que ce soit, et des frères ouverts. Elle me dit que sa famille subit souvent des réflexions de voisins ou d’autres membres de la famille. Quant à elle, elle travaille, fait du sport, du shopping, étudie et va souvent faire la fête à Dubaï. Nous avons bien rigolé quand je lui ai dit que moi, à son âge, j’étais déjà maman et enceinte de mes jujus. Comme quoi !

Vous avez compris les amis, que je vous parle ici, de mon expérience personnelle. Ce n’est en aucun cas une analyse de la société Saoudienne que je ne prétends pas connaitre. Je préfère m’en tenir tout simplement à ce que je vois  !

Si vous êtes intéressés pour en savoir plus je vous conseille vivement de lire Défigurée, écrit  par Rania Al-Baz, c’est son histoire. C’est une femme extraordinaire, très forte. Je peux vous assurer qu’en Arabie il y en a beaucoup des femmes fortes, courageuses, talentueuses et belles. Elle parle de son pays avec une infinie tendresse.

« I don’t feel like I’m a hero… I feel that no woman should be a victim… in any way. A woman should have the ability to choose her own destiny. » Rania Al-Baz

vous habitez en Arabie ! Ils sont comment les Saoudiens ?


Les Saoudiens vis-à-vis de moi, sont soit indifférents, soit plutôt sympathiques. Ils le sont particulièrement avec les enfants petits, surtout avec les têtes blondes. Il n’était pas rare de trouver les filles dans les bras d’un Saoudien ou avec un bonbon offert.

Les choses se compliquent maintenant que les filles grandissent. Je refuse qu’elles portent l’abaya, mais, je vois le regard de certains hommes.  Les jambes de ma fille ont même choqué une Saoudienne qui me l’a montrée de façon agressive. Nous leur demandons donc, de couvrir leurs jambes à l’extérieur du compound. En clair, le short, c’est pour le compound, dehors, on s’habille.

Les jeunes Saoudiens garçons sont soit très maigres, soit très gros. Les cheveux sont souvent relativement longs à la Mickaël Jackson à son époque de thriller, ou des coupes à la punk. Ils portent des sarouels, hyper pratiques si vous n’avez pas le temps d’aller aux toilettes ou, des jeans slim, plus difficile si vous avez toujours cette envie pressante. Les hommes un peu plus âgés, portent plus facilement une robe longue blanche appelée tawb et un keffieh : un grand foulard en damier blanc et rouge qu’ils plient selon différents  styles sur la tête. Ils le maintiennent à l’aide d’un cercle noir. Certains sont bien rasés, d’autres portent une longue barbe impressionnante.

Concernant le look des femmes, si vous avez lu vous habitez en Arabie ! mon abaya et moi   vous savez qu’elles portent l’uniforme local : l’abaya. Pour faire un résumé sur les habits traditionnels, la femme est en noir de la tête au pied et l’homme en blanc.

Les Saoudiens dans les mall, sur la route et avec moi

Nous rencontrons essentiellement, les Saoudiens dans les mall, il est extrêmement rare qu’un étranger soit invité chez eux et, de surcroît, un étranger non-musulman.

Régulièrement, nous voyons deux saoudiens hommes marcher main dans la main. Non, je ne vais pas vous annoncer que l’Arabie est le paradis pour les homosexuels, loin de là. Cette pratique courante, signifie  que ces deux hommes sont très liés par le sang ou en amitié.

Je vous ai parlé des femmes, des hommes et  les enfants dans tout cela ? Les enfants saoudiens sont gérés par la nounou et l’Ipad. Au restaurant, ils sont souvent attablés à part, avec nounous et tablettes. Le reste de temps ils courent dans les restaurants, font du roller dans les malls, mangent des tonnes de pop-corn, embêtent les serveurs. Les enfants sont rois.

Je compare souvent les Saoudiens aux Américains, ils mangent des quantités énormes de n’importe quoi à n’importe qu’elle heure de la journée. Les pharmacies sont d’ailleurs très bien pourvues en appareil en tout genre pour le diabète.

Nous les côtoyons aussi sur la route. Vous le savez, les routes Saoudiennes ne sont ouvertes qu’à ces Chers Messieurs. Toute cette testostérone sur la route provoque des étincelles.

Les hommes y sont très indisciplinés et agressifs. Il est très difficile de savoir quel est l’âge légal pour avoir le permis. Cela dépend de la situation familiale mais certaines personnes avancent  17 ans comme étant l’âge officiel. Quoi qu’il en soi, il n’est pas rare de voir des jeunes garçons au volant de petit bolide. Le w.end les avenues de la ville se transforment en circuit géant avec excès de vitesse, frein à main, crissements de pneus en cascade. L’essence n’est pas chère et il n’y a aucun loisir pour ces jeunes gens, ils s’amusent donc comme ils peuvent !

Le Saoudien téléphone,  mange, regarde la TV en conduisant. Les enfants eux, font du trampoline sur les sièges arrière ou sont à l’avant sans ceinture. Il n’est pas rare de voir une Saoudienne sur le siège passager avec son nouveau-né dans les bras. Pour nous, ces nouveau-nés sont l’airbag Saoudien.

Si par malheur, vous avez un accrochage avec un Saoudien, même si ce n’est pas de votre faute, vous serez systématiquement en tort. Petite devinette : qui sera en tort entre un occidental et un Népalais ?

Les relations et les conversations avec les Saoudiens restent rares et superficielles. Les seules Saoudiennes avec qui j’ai pu discuter sont celles de mes cours d’Anglais ou, celles qui prennent des cours de Français avec moi. Je n’ai rencontré que des jeunes filles très ouvertes, dynamiques, sympathiques, cultivées et curieuses. De très belles jeunes filles. Vous avez bien compris que ces cours sont strictement féminin.

Concernant les hommes, les quelques échanges ont été toujours très courtois et très succins. Ils sont curieux de savoir de quelle partie de France je viens. Eux, ne connaissent que trois lieux : Paris, Nice et Disney. Mais, c’est surement plus que ce que connaît un Français sur leur Royaume.

Quelques anecdotes sur  mes échanges Saoudiens :

  • Nous visitions le Sri Lanka. Mes filles et moi étions sous un arbre à l’ombre. Nous voyons arriver deux Saoudiennes complétement voilées à la recherche d’un peu de fraîcheur. Elles proposent des bonbons aux filles et, nous nous mettons à discuter naturellement. Ils se trouvent qu’elles habitaient près de chez nous. Une d’entre elles travaillait à l’hôpital dans lequel nous avons nos habitudes. Bref, nous avons passé un bon moment à discuter. Elles me demandent si elles peuvent prendre les filles en photo et nous nous quittons sans même, avoir vu leurs visages. Quelques jours plus tard dans un hôtel, toujours au Sri Lanka, les filles arrivent en me criant que mes copines sont là.  Ces retrouvailles accompagnées de nombreuses accolades ont été grandioses. C’était à la fois drôle, émouvant et si facile de discuter loin des interdits Saoudiens.

 

  • J’étais à la caisse de mon super marché préféré et j’étais à peu près sûre de louper mon bus. J’étais en train de téléphoner à mon taxi, quand un Monsieur Saoudien qui était devant moi me demande de raccrocher. Il m’a ensuite, fait passer, m’a aidé à porter mes courses jusqu’au bus. Grâce à lui, j’ai pu le prendre.

 

  • Et puis, il y aussi ce Monsieur Saoudien qui s’est excusé, car je ne pouvais pas rentrer avec mon fils dans le club de foot. Vous pouvez lire cette aventure : vive le sport. Il s’est retourné et m’a juste dit « I’m sorry » avant de s’éloigner.

Quand je suis frustrée par un interdit quelconque, je me rappelle toujours de ce Monsieur. Les Saoudiens, eux même, sont les premiers à subir tous ces interdits.

Chers Amis, je vous donne ici juste mon ressenti, mes expériences. Juste l’image que je me suis faite des Saoudiens au cours de ces cinq années. Tout cela reste donc très subjectif.

A très bientôt pour de nouvelles aventures…

 

vous habitez en Arabie ! mon abaya et moi


Le fait de vivre en Arabie Saoudite déclenche tout plein de réactions et de curiosité. Alors, j’ai décidé de vous faire découvrir, un peu plus concrètement, ma vie de tous les jours dans ce pays si mystérieux.

« Vous habitez en Saoudie ! Mais vous êtes obligée de vous voiler ? »

Je suis obligée de porter l’abaya pour sortir. L’abaya est une robe longue, difforme, noire que l’on porte sur ses vêtements. Il existe des versions avec des liserés gris, des paillettes, des broderies, des dentelles. Personnellement, je fais dans le classique et dans la discrétion. Pour les expatriées comme moi, l’abaya est notre uniforme de sortie. Nous n’y prêtons guère d’attention.

abaya

Pour les Saoudiennes, il en est tout autre. C’est un vêtement de leur garde-robe très important, et, elles la choisissent avec soin. Il faut savoir qu’avec le sac à main et, parfois un bout de chaussures, ce sont les seules choses que l’on peut voir d’elles. Le ministère de la promotion de la vertu et de la répression du vice (il existe pour de vrai) exige que les abayas ne soient pas provocatrices avec trop d’originalités et trop de couleurs.

Concernant le voile, je ne me voile pas systématiquement. Les Saoudiennes, cachent leur visage en mettant un voile noir devant leur bouche et nez de façon à ce que l’on ne voit que les yeux. D’autres, mettent, carrément, un voile noir sur l’ensemble de leur visage. J’ai essayé pour tester  le champ de vision qu’elles peuvent avoir. C’est épouvantable et, je ne vous parle même pas, de la suffocation que l’on a dessous.

saoudienne

En Arabie Saoudite, il y a la police religieuse, la mutawa, qui a un rôle très important dans la vie de tous les jours. La mutawa travaille pour le gouvernement Saoudien pour la promotion de la vertu et la répression du vice. La mutawa porte toujours une longue barbe et une tenue blanche particulière. Ils sont chargés de faire respecter les cinq prières : vérifient que toutes les enseignent ferment bien et que les hommes aillent bien prier. Ils vérifient que les femmes soient correctement voilées. Ils  sont toujours accompagnés d’un policier et n’ont pas le droit de parler, ni de regarder directement une femme. Quand vous êtes avec votre mari, il s’adresse directement à lui. Quand vous êtes seule, il vous aboie de vous couvrir la tête sans vous regarder dans les yeux.

Du côté des Saoudiens la Mutawa n’est pas très populaire non plus. Ils sont très sévères concernant la tenue des femmes. Un vernis à ongle « provocant », des chaussures trop ouvertes, un visage pas assez caché sont pour elles source de problèmes.

Et pour finir, quelques anecdotes vestimentaires :

  • J’avais un rendez-vous assez stressant à l’hôpital et, je suis donc partie avec mon taxi habituel. En arrivant sur place, je me suis aperçue que, non seulement j’avais oublié mon abaya, mais que j’étais en robe blanche. Hors de question de sortir dans cette tenue hautement provocante et choquante. Mon chauffeur m’a prouvé ses talents de pilote pour retourner chercher mon abaya et arriver à l’heure à mon RDV.

 

  • Ma fille a eu un accident et, je suis partie avec elle sous le bras, en état de choc, mais surtout sans abaya. J’ai bien compris que quelque chose clochait aux regards de certains. Après une batterie d’examens, la nurse a placé ma fille en observation dans une grande salle. Elle nous  a aussi sec encerclées à l’aide de rideaux. Nous étions totalement enfermées. Je lui ai demandé de ré ouvrir. Elle m’a répondu assez choquée qu’elle ne pouvait pas, car je n’avais pas mon abaya.

 

  • Je sortais d’une boutique quand j’entends d’une voix posée et presque douce : «Couvrez-votre tête s’il vous plait». En Anglais évidement. Je  suis restée tellement surprise par cette politesse que je n’ai pas couvert ma tête immédiatement. Je l’ai couverte bien après et, j’ai gardé le voile toute la matinée tant j’étais surprise ! Habituellement, nous jouons au chat et à la souris. Dès que la mutawa tourne le dos, nous nous découvrons immédiatement. Notre façon d’être rebelles !

En Arabie, sans abaya tu ne sors pas !