la mauvaise mère


Le chef de meute, en pleine crise de rangement, me montre trois petites dents au creux de sa main. Si j’ai pu facilement répondre au : « c’est quoi ça ?» J’ai eu beaucoup de mal à répondre au : « c’est à qui ?» J’ai eu beau les étudier, les retourner, les sentir, rien.

 Je ne sais plus.

J’ai beau cherché, essayer de dérouler le fil des souvenirs, les refaire, les classer, je ne sais plus. Je confonds toi, ton frère et ta sœur. A moins de faire un test ADN, je ne sais plus qui est le propriétaire.

Il me faut me rendre à l’évidence : je ne sais plus plein de choses sur votre petite jeunesse.

Pourtant, au tout début, il y a quinze ans, tout a bien commencé. Le petit bracelet de naissance, les petits mots de félicitations, le petit bonnet de la maternité, tout a était précieusement conservé. Même les premières pages du joli cahier de naissance, aux belles images d’Anne Geddes, ont été remplis de ma plus jolie écriture.

Et puis, les bonnes excuses sont arrivées. Le travail, l’arrivée d’un doublé de bébés, les fièvres, les nuits blanches, les couches, les tétées, les longues journées, la fatigue, le besoin de penser à autre chose pendant les rares moments de calme. 

Tout ça accompagné des fameux, je-le-ferai-plus-tard, quand-j’aurai-le-temps. Les premiers pas, les premiers sourires, le premier papa, la première bouchée de courgette, ça ne s’oublie pas.

Et pourtant. Les souvenirs se sont emmêlés, mélangés, entre mêlés et maintenant je confonds, j’hésite, je tâtonne. Je ne sais plus.

Il y a bien d’autres vestiges. Des carnets écrits à la va-vite de vos petites phrases, des premières chaussures, des photos, des grenouillères, des vidéos. Bien meilleur témoin oculaire que moi. Des vestiges, qui croupissent dans des cartons, sur un autre continent. J’ai eu encore une bonne excuse avec l’expatriation. 

Avec toutes ces excuses, je ne peux pas toujours répondre à vos questions. Je m’embrouille. Je ne sais plus. Je n’ai pourtant pas encore Alzheimer comme excuse.

Ce qui paraissait inoubliable, c’est évaporé. Votre vie de bébé ressemble à un lointain souvenir, à un doux rêve. Il y a quelques vapeurs de ce temps-là, quelques bribes, juste quelques détails. Cette mimique qui ne peut être que de toi. Cette odeur me remmène à toi bébé. Ce mot, c’est le tien. Rien qu’à toi. Mais, de toutes ces choses qui faisaient ta vie de bébé, j’ai tant oublié.

mon ado fait la gueule


J’aime bien le mercredi parce que je la récupère toute seule. Avec trois enfants, ces moments en tête-à-tête sont rares et précieux. 

Alors, me voilà à la sortie de l’école à attendre ma fille. Ma fille, qui va être unique pour quelques heures. Me voilà a trépigner d’impatience, prête à savourer ce moment privilégié. 

Et ma fille arrive. Mais elle n’arrive pas toute seule. Elle arrive avec sa tête des mauvais jours. Le visage fermé, sans expression, toute rigide et le regard vague. Dans un silence monacal, elle s’installe dans la voiture. 

Avec un sourire qui commence tout de même à se figer, je décide de ne pas me fier aux apparences. J’attaque donc avec entrain et avec un, « Ca va ? »  qui rebondit sur un austère oui. L’avantage est qu’elle n’aura pas de rides d’expression grâce à cet air pincé, que même Victoria, la femme de David, pourrait lui envier.  Perdue dans mes pensées esthétiques, je ne me décourage pas : «  Tu as passé une bonne journée ? »  Bien que j’ai déjà un petit indice sur la réponse. Pourtant, de son coté, il n’y a pas de variation, et c’est un oui, dans le même moule que le premier. 

Il devient donc, urgent, de sortir rapidement de ces réponses monosyllabiques.  Je tente le tout pour le tout avec un, « Tu as fait quoi de beau aujourd’hui ? » histoire d’avoir une réponse variée. Le « Com’ d’hab’ » me prouve en deux syllabes que je suis sur la mauvaise voie.

Comme les dictons ont toujours raison et que la musique adoucie les mœurs, je laisse passer quelques chansons avant d’ouvrir à nouveau les hostilités avec, « Quelqu’un t’embête ? » Mais je dois vous avouer les amis, que pendant cet intermède musical, je me suis mise à bouillonner. Je suis passée du harcèlement au racket, en passant par la drogue et la prostitution. Le, « non » accompagné d’un long soupir n’aide pas. La maman qui est en moi, en plus d’être inquiète, est frustrée. Pourquoi mon enfant ne me fait pas confiance ? Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’elle ne se sente pas libre de me dire ce qu’il ne va pas ? La mauvaise mère que je suis élabore le pire des scénarios de 13 reasons why et cherche des réponses. 

Je suis peut-être un peu lourde, mais pas complètement débile, je continue donc mon interrogatoire avec, « T’as pas envie de parler ? » Le, « C’est ça » jeté sans un regard et toujours en deux syllabes ne fait pas avancer le shcmiblick. Je suis toujours en surchauffe avec des idées de plus en plus noires.

On continue cote à cote dans le silence, chacune perdue dans ses propres pensées solitaires. Les yeux rivés sur la route ne m’empêchent pas de voir son visage raide, hermétique et fermé.

Quand soudain, un écriteau avec un grand M rouge apparaît sur le bord de la route. « J’ai faim. »  « Tu veux qu’on s’arrête ? »  « Oui »

C’est la bouche pleine de nuggets qu’elle m’a raconté que ce matin ils ont trop rigolé à  la piscine parce que……. C’est avec une bouche pleine de frites qu’elle m’a énuméré la liste des invités pour son anniversaire en préparation. 

On est sorti bras dessus, bras dessous, tout sourire, mais, moi, avec toujours les mêmes questions. Histoire de savoir, je prends donc le risque de stopper net cette bonne humeur toute fraîche. « Pourquoi tu faisais la tête à la sortie de l’école? »  Le, «  Mais je faisais pas la tête ! » clôture la conversation.

C’est donc moi qui me suis fait un film. Mon coté paranoïaque s’est amusé à imaginer cette tête de six pieds de long (encore une belle expression du temps d’avant). Bref, mon coté mythomane a encore frappé, mon ado ne faisait pas la tête. Je peux donc arrêter de me torturer et faire taire toute cette peur et cette frustration. Tout allait bien. Tout va bien. Il ne faut pas chercher à comprendre. Ma fille va bien.

Vous faites comment pour gérer ce genre de situation les amis ?

 

Parce qu’un peu de culture ne fait jamais de mal :

Le schmilblick est un terme inventé par Pierre Dac dans les années 1950 pour décrire un objet totalement inutile. En 1969, Jacques-Antoine et Guy Lux ont créé un jeu télévisé où la photo d’un détail d’un objet était présentée. Les participants devaient, en posant à tour de rôle une question, essayer de deviner quel était l’objet ainsi proposé. Lorsque la question semblait plus ou moins saugrenue, le présentateur demandait au participant pourquoi il l’avait posée. La personne répondait régulièrement que c’était simplement pour faire avancer le schmilblick, pour essayer d’apporter une petite information supplémentaire permettant d’avancer vers la reconnaissance de l’objet.

En 1975, Coluche a tourné le jeu du schmilblick en dérision dans un sketch rapidement devenu culte, et cette parodie est pour beaucoup dans le fait que l’expression est passée dans le langage courant. Le mot est aujourd’hui également utilisé pour qualifier quelque chose d’indescriptible ou de très compliqué.

15 ans tout rond


« Mon frère, il tourne 15 ans aujourd’hui. » attaque ma fille, et moi, j’ai a peine eu le temps de me retourner. 

Déjà 15 ans.

15 ans, c’est le bel âge. Un âge rond sans l’être. Un âge qui en jette et avec lequel on se projette. A 15 ans, on change souvent d’avis et de coupe de cheveux. A 15 ans, on a le droit de se tromper, d’essayer, de reculer et de repartir. A 15 ans, on cherche, on tâtonne, et, on a de bonnes excuses. A 15 ans, on est ingrat, rebelle, singulier, généreux et curieux.  A 15 ans, les copains et le portable, c’est la famille. 

15 ans, l’âge que le gouvernement a choisi pour être celui du consentement sexuel. Un petit pas de plus dans le monde adulte.

15 ans, c’est l’âge de la maturité, des bêtises, de l’assurance et de la naïveté. 15 ans, ce n’est pas sale, c’est ton corps qui change. 15 ans, c’est l’âge des contradictions.

« A quinze ans, j’avais l’âme leste et contradictoire souvent. Je vendais ce qui se déteste, et, je détestais ce qui se vend », se rappelle Serge Lama.

Aujourd’hui, je vais chanter avec Renaud « Garde-moi ton amour, garde-toi de la haine »

Parce qu’aujourd’hui, c’est tes quinze ans.

des questions de maman


Il y a d’abord les : «Pourquoi il fait caca dur ?» «Pourquoi elle ne me sourit pas ?» «Pourquoi il fait caca mou ?» «Pourquoi elle ne mange pas ?» «Pourquoi il dort encore ?» «Pourquoi elle ne dort pas ?». Toutes ces questions qui arrivent avec notre nouvelle fonction de maman. Ces questions avec une réponse sur internet, auprès des copines ou de sa maman. Il y a aussi tous ces livres de la maman parfaite qui débordent de conseils et de notre table de chevet.  D’ailleurs, grâce à ce nouvel état de maman, on est mitraillée. Des conseils subis qui viennent de partout et à tout moment. Même, dans la file d’attente à la caisse, où, la voisine nous explique que non, les sucettes, ce n’est pas bon, et, qu’à la place il vaut mieux ….  Notre vie n’est plus qu’un trou noir de conseils et de questions. «Pourquoi je suis aussi nulle avec mon bébé ?»

Pour nous, maman, arrivent aussi les questions sous forme de gazouillis, de sourires et de pleurs. Des questions posées avec les yeux ou part un geste. Des questions pour lesquelles on répond presque systématiquement OUI. Ce petit-être d’amour est trop mignon, trop craquant pour entendre un non. Aux conseils désapprobateurs qui arrivent encore à nos oreilles, on répondra que ces OUI sont issus d’une méthode scientifiquement prouvée. Ces OUI, renforcent la confiance et fera de votre enfant un être joyeux et aimant. En tant que maman, il vous apportera deux minutes de calme. C’est une méthode gagnante, que l’on vient peut-être d’inventer, mais peut importe : la maman, c’est nous ! «Compris ?»

Pour nous, maman, arrivent en suite les premières questions délicates. Des questions posées avec une confiance sans limite à nous, détentrice du savoir absolue. « Tu as vu mon dessin ? Il est beau, c’est quoi ? » La réponse est sans filet. Pas de deuxième chance alors, toutes nos forces mentales, intellectuelles et notre énergie de maman sont concentrés pour ne pas décevoir ce petit-être d’amour en construction. La pression est à son paroxysme. Une mauvaise réponse est, c’est au moins 10 années de psychanalyse douloureuse pour cette enfant que l’on aime plus que tout. Parce qu’une maman, c’est plus malin qu’une loutre. Ce truc bleu ce n’est pas un haricot sec bleu. Non. C’est une baleine ! La réponse fuse. La joie et la fierté inondent notre petit-être d’amour. C’est le moment de gloire. Le moment de recevoir le césar de la meilleure maman de l’univers. Le moment où les flashs crépitent. Le moment de déclamer notre discours les yeux humides, plein d’amour et d’humilité dans notre robe de déesse. Bon, en attendant il faut surtout trouver une place pour accrocher cette magnifique baleine qui saute dans un nuage. «A coté de la porte d’entrée pour que tout le monde l’admire, ça te va mon coeur?»

Pour nous, maman, il y aura aussi les questions dont il faudra assumer les réponses. «Comment on fait les bébés ?» «Elle a quel goût la graine des bébés ?» «Est-ce que la terre peut tomber ?» «Est-ce que c’est Dieu ou le Père Noel qui existe le plus ?». Il faut souligner aussi que nous ne sommes pas seulement des mamans. Nous sommes aussi des biologistes, des astrophysiciennes, des cartomanciennes, des généticiennes, des magiciennes. En tant que maman nos compétences sont infinies. Impossible, n’est donc pas maman. Alors, c’est sans aucun problème que l’on donne l’explication sur le goût qu’a la graine des bébés à la caisse. Même si la voisine, qui semble très intéressée par la réponse, ressemble étrangement à celle qui était contre les sucettes. «Mon coeur, tu as pensé à poser ce genre de questions à papa ?»

Pour nous, maman, il y a les questions bateaux. « Maman t’es où ? » « Maman tu as mis mon stylo où ? »  « Maman on mange quoi ? » « Maman, pourquoi il faut se brosser les dents tous les jours ? » Le genre de questions répétitives. Le genre de questions que l’on ne compte plus. Le genre de questions qui nous laisse rêveuse. Si on recevait des sous à chacune de ces questions, on serait une maman richissime. On pourrait faire le tour du monde trois fois en solitaire. Loin de ces questions, mais, avec une photo de son petit coeur à côté de la carte gold. « Vous avez vu comme il est beau mon petit coeur ? »

Pour nous, maman, il y a les questions dont on n’aimerait jamais avoir à répondre. «Pourquoi je suis si nulle ?» «Pourquoi elle ne m’aime pas ?» «Pourquoi il est parti ?» «Pourquoi elle ne veut pas jouer avec moi ?» «Pourquoi ils sont méchants avec moi ?» Ces questions qui nous broient le coeur et nous font mal au plus profond de notre chair de maman. Ces questions pour lesquelles une maman n’est jamais prête. Ces questions qui ont l’amer goût de notre échec de maman. Ces questions qui rendent fragile, seule. Ces questions qui nous donnent aussi envie de nous battre. Ces questions qui nous font bouger des montagnes pour ce petit-être qui grandit si vite. Ces questions qui nous poursuivent longtemps, très longtemps. « Mais, qu’est-ce que j’ai loupé ? »

Pour nous, maman, il y a les questions qui n’en sont pas vraiment une : « Je peux aller dormir chez ma copine ? » « Je peux te prendre ton t-shirt ? » « Tu me passes les clés de la voiture? » Le genre de questions qui nous dépasse et nous rend nostalgique du temps de quand son petit coeur était petit. « Ça passe vite, vous ne trouvez pas? » 

Pour nous, maman, il y aura les questions liées à l’absence, à l’éloignement. Des questions que l’on se posera à soi-même. Des questions qui font écho à ce nouveau vide. «Pourquoi elle ne me téléphone pas ?» «Est-ce qu’il va bien ?» Il y aura aussi la fierté de voir son petit coeur épanoui dans sa vie d’adulte. « Je vous ai pas dit que je suis une maman qui assure ? »

La vie de maman est une vie pleine de questions. La vie de maman c’est s’adapter à ces questions et avoir la force de les accepter comme elles viennent. Mais finalement le plus difficile pour une maman ce n’est pas cela. Le plus difficile pour une maman, c’est le jour où il n’y a plus du tout de questions. 

Une grosse pensée à toutes ces mamanges.

Bonne journée les amis.

si toutes les mamans du monde


« J’ai pas le temps de ranger les raquettes »

« J’ai pas le temps de mettre le linge au sale »

« J’ai pas le temps de jeter la poubelle »

Il conjugue aussi très bien au passé :

« J’ai pas eu le temps de finir »

« J’ai pas eu le temps de ranger »

« J’ai pas eu le temps de tirer la chasse »

Mon pauvre enfant qui ne sait plus où donner de la tête. Mon pauvre ado si débordé qu’il en est réduit à faire déborder les WC. Quel malheur, quel grand malheur pour moi. Nos enfants porteront la peine de nos fautes. Quel terrible constat. Mon cœur de maman se brise en mille morceaux et arrête de battre.

Être maman, c’est être réactive.

Alors, mon petit coeur de maman, bien vite recollé mais encore tout endolori, laisse la place au cerveau. S’il y a bien quelqu’un qui va trouver une solution rapide, c’est lui. Il analyse donc, la situation de façon mathématique, logique, méthodique et concrète. C’est avec un cartésianisme redoutable qu’il arrive au constat suivant :

L’ado, dort en moyenne 7h –  Il passe 9 heures à l’extérieur de la maison (école –  sports et diverses activités que mon cerveau, mon coeur et moi ignorons) – Il campe 4 heures dans les WC –  Il reste 6 heures sur son portable.

C’est sans les doigts et sans calculatrice que mon cerveau a fait le calcul. Le résultat est sans appel.

Ô rage !  Ô désespoir !

C’est donc vrai !  L’ado a raison. Il n’a pas le temps ! Pourquoi tant de méfiance et de suspicion de ma part ? Comment ai-je pu douter ? Quelle mauvaise mère suis-je ? Et moi qui n’achète même plus de Nutella ! Pauvre enfant.

Quand mon petit coeur de maman a bien voulu arrêter de se flageller mon cerveau, lui, a entrepris de trouver une solution. C’est bien connu, ceux qui exigent la vérité ne devraient pas s’en plaindre.

Quand on est maman, il n’y a pas de problèmes mais, des solutions.

Cette solution, je l’ai cherchée dans le froid, dans les flammes. Je l’ai cherchée au cœur de nuits de pleine lune, dans des livres, mais, à force de chercher midi à quatorze heures, on finit par perdre son temps.

J’ai compris que ce que je cherchais avait quelque chose de secret, et que cette histoire était fragile comme un écrit à la craie. J’ai surtout compris, que la solution je ne la trouverai pas seule.

Si seulement toutes les mamans du monde de, j’ai pas le temps et de, I have no time, se donnaient la main. Si seulement toutes les mamans du monde de, no tango tiempo et de, لا املك الوقت, faisaient une chaîne de solidarité. Si seulement toutes les mamans du monde de, Ik heb geen tijd et de, Nu am timp, s’unissaient. Si seulement toutes les mamans du monde de, Eu não tenho tempo et de, tout ce que je ne peux pas traduire parce que c’est trop long, se rassemblaient.

C’est ensemble que l’on trouvera la solution. C’est ensemble que notre petit coeur universel de maman ne saignera plus jamais face à ce fléau, j’ai pas le temps.

Vous faites comment les amis pour lutter contre ces, j’ai pas le temps ?

 

Je tiens a remercier toutes les personnes qui ont participé, sans le savoir. Par ordre d’apparition :

Quel malheur, quel grand malheur pour moi. La compagnie Creole – scandale dans la famille.

Nos enfants porteront la peine de nos fautes. Joseph de Maistre – Les soirées de Saint-Pétersbourg

ô rage !  ô désespoir !  Corneille – Le Cid

Ceux qui exigent la vérité ne devraient pas s’en plaindre. Grégoire Lacroix –  Les euphorismes de Grégoire.

Dans le froid, dans les flammes. JJ Goldman avec Celine Dion – Pour que tu m’aimes encore.

À force de chercher midi à quatorze heures, on finit par perdre son temps. Pierre Dac – Les pensées

J’ai compris que c’que je cherchais avait quelque chose de secret. Et, que cette histoire était fragile comme un mot écrit à  la craie.  Grand corps malade – Parole du bout du monde

 qu’est-ce que l’on ne ferait pas pour eux


« Au fait maman … »

Je stoppe net. Une alarme se met instinctivement à résonner dans ma tête. Vous savez la même alarme que pour les « J’t’ai-pas-dis ». Alarme qui se déclenche aussi pour les, « Je-sais-pas-ce-qu’il-s’est-passé » et pour les fameux,  « c’est-pas-ma-faute ».

Mon instinct de survie me pousse aussi à regarder les sorties de secours. Il n’y en a aucunes. Le chef de meute n’est pas là et le téléphone ne sonne même pas. Je suis coincée et n’ai d’autres choix que d’écouter la suite.

Et la suite arrive.

« … les vacances arrivent… »

Mon coeur s’accélère, ma tête tourne. Mes mains sont moites et je suis en état de choc. Les vacances ! Ils sont en vacances ! Demain ! J’avais oublié ce petit détail. Il ne me restera plus qu’à ressortir mon costume de G.O ou de taxi pendant mon temps, que je qualifiais encore de libre, il y a de ça à peine trois minutes.

Mais apparemment, ce n’est pas la principale information de cette phrase, dont j’ai de moins en moins envie, de connaître la suite.

« … on doit chacun apporter un truc à l’école… »

Qu’est-ce qu’il peut bien vouloir apporter à l’école comme truc ? Ses BD de Picsou ? Ses ballons de rugby ? Ses vieux t. shirt ? Pourquoi il m’en parle en plus ?

Mon instinct féminin me dit que je suis sur la mauvaise voie et que cela ne sert à rien de continuer cet état des lieux. Je n’ai plus qu’à rassembler mon courage pour la suite.

« … et j’ai proposé de prendre des gaufres… »

C’est magnifique le volontariat. C’est un acte noble, désintéressé. Un don de soi que j’admire particulièrement dans ce monde d’égoïsme. Surtout, quand celui qui propose va déléguer.

« … il m’en faut 50. »

Point final, fermez les guillemets.

Bref, il est 5 heures, Paris s’éveille et je fais des gaufres.

C’est beau le chant de la gaufre au petit matin.

Qu’est-ce que l’on ne ferait pas pour nos enfants ?

Bonne journée les amis.

quand ça miaule ou pas…


« Pourquoi elle miaule ? Elle vient de manger pourtant ! »

« Nizwa fait sa crise d’adolescence. Elle a les hormones qui font du hula-hoop et elle miaule. »

« Tu as de la chance, je miaule pas moi. »

Et c’est vrai, mon ado ne miaule pas. A la place, il s’enferme dans sa chambre, écouteurs rivés sur les oreilles avec son téléphone dans la main. Je suis aussi à l’aide de rentrer dans son antre que dans la salle de bain de Donald Trump.

C’est vrai que mon ado ne miaule pas devant la porte, mais se met à tirer une tronche d’ado martyrisé sans prévenir. Pourtant tout est parfait : les pâtes qu’il aime, et comme il aime, ont été servies. Il a pu manger les 3/4 de la baguette, juste avant le repas, sans aucunes remarques. Il n’a pas eu droit à un interrogatoire du style : « ça a été aujourd’hui? » ou le fameux : « ça va ? »  qui, comme on peut facilement le comprendre, aurait pu provoquer cette irritabilité soudaine.

C’est vrai que mon ado ne miaule pas devant la porte, mais il émet quand même des bruits assez étranges. Des grognements étonnants quand je le questionne sur ses devoirs. Il peut émettre aussi de longs soupirs quand je lui demande s’il compte ranger sa chambre ou, s’il préfère que je mette le feu. Il produit aussi des cris de révolte quand je lui dis qu’il est hors de question que je l’amène à presque 9h du soir, acheter des sandales Nike.

C’est vrai que l’ado ne miaule pas devant la porte, mais il peut avoir des moments soudains et spontanés de tendresses. Des moments où ces bras de géant peuvent m’encercler, me serrer et me faire un câlin par surprise.

C’est vrai que l’ado ne miaule pas devant la porte, mais il peut aussi avoir beaucoup d’humour. Surtout du noir, comme quand il me fait remarquer la chance que j’ai, d’avoir un ado qui ne s’habille pas avec du Extreme. Du coup comme il est de bonne, je ne lui rappelle pas le prix de son dernier stage de rugby…

C’est vrai qu’il ne miaule pas devant la porte mon ado, mais Nizwa aussi ne fait pas que cela. Elle peut se mettre tout à coup à courir et sauter, s’arrêter net et nous regarder d’un air trop drôle. Elle peut nous mordre et nous demander un câlin dans la foulée.

Mon ado et Nizwa ne sont pas très stables. Leurs humeurs changent 10 fois par jour, mais ils sont drôles, attachants et tellement compliqués aussi !

devenir une femme libre


Hasard du calendrier, c’est le 8 mars que les filles sont revenues de l’école avec des :

« C’est pas juste, parce que c’est tous les mois ! »

« C’est pas juste, parce que, comment je vais faire pour la natation ? »

« C’est pas juste, parce que ça va faire mal. »

« C’est pas juste, parce qu’elles peuvent arriver n’importe quand et n’importe où. »

« C’est pas juste, parce que moi, je veux pas d’enfants, je veux juste un chien. »

« C’est pas juste d’être une fille. »

Hasard du calendrier, je venais juste de lire le texte sur le blog de quatre enfants sur le féminisme. Sur ces combats du quotidien que les filles et les femmes doivent encore et toujours relever. Même de nos jours, même dans nos sociétés occidentales.

Je suis d’accord avec vous les filles. Il y a tellement de choses pas justes pour la femme dans la vie de tous les jours. Comme cet autre jour, où une équipe est venue faire un film pour promouvoir l’école. Ils ont filmé l’équipe entière de natation, et puis, ils sont revenus quelques jours plus tard. Les filles, vous avez dû sortir de l’eau et seuls les garçons ont été filmé. Seuls les garçons vont promouvoir l’équipe de natation de l’école. Pas parce que vous êtes moins bonnes, moins rapides, juste parce que vous êtes des filles. C’est pas juste.

Alors, c’est vrai les filles, ce n’est pas juste d’être une femme.

Dites-vous qu’être juste n’est pas ce que vous devez rechercher. Ce que vous devez chercher et obtenir à tout prix, c’est être libre. Libre de pourvoir faire et dire ce que vous voulez. Libre de faire le métier que vous voulez. Libre de vous habiller comme vous aimez. Libre d’aimer qui vous voulez. Libre d’avoir un enfant quand vous en aurez envie. Libre de ne pas avoir d’enfants. Libre de voyager.

C’est vrai que cela ne sera pas facile. Vous aurez souvent l’impression d’être plus petites, moins fortes. Vous aurez beaucoup de pression, de responsabilité et des douleurs que seule une femme pourra comprendre.

Dans une société où l’on s’amuse à nous monter les uns contre les autres, gardez à l’esprit que l’homme n’est pas l’ennemi. Ce sont des partenaires et nous sommes complémentaires.

« Tu as raison maman, Serena Gomez elle a ses règles et elle chante ! »

Les amis, mon envolée lyrique s’est stoppée net. Je ne suis pas sûre que le message soit complètement compris, mais tant pis, ce sera pour une autre fois. Là, je ne vais pas prendre le risque de devoir expliquer pourquoi Serena Gomez fait du sexe avec Justin. Je vais plutôt boire un café avec le chef de meute, et, garder les yeux ouverts.

 

Je vous souhaite une belle journée.

 l’adolescence, ce monde de contradiction


Un adolescent c’est ça :

  • « Moi, je cours le plus vite. »
  • « Moi, je suis le plus grand. »
  • « Moi, j’ai le plus de muscle. »
  • « Moi, je le savais. »
  • « Moi, j ai raison. »
  • « Moi, j’ai toujours raison. »
  • « Moi, je nage le plus vite . »
  • « Moi, je veux partir camper une semaine avec mes copains. »
  • « Moi, je suis le plus fort. »
  • « Moi, je suis le plus intelligent. »
  • « Moi, je sais tout. »
  • « Moi, j’ai le sum. »
  • « Moi, je suis indispensable. »
  • « Moi, quand je partirai de la maison, je ferai pas comme vous. »

 

Cinq minute plus tard l’ado, c’est ça :

  • « Maman, tu peux aller chercher le ketchup ? »
  • « Maman, tu peux m’ouvrir ce pot de confiture? »
  • « Maman, elles sont où mes chaussettes ? »
  • « Maman, tu peux venir me chercher ? »
  • « Maman, tu peux m’emmener là ? »
  • « Maman, tu me fais un câlin ? »
  • « Maman, j’ai mal au ventre, je vais mourir. »
  • « Maman, il me faut des sous pour sortir. »
  • « Maman, on mange quoi ? »
  • « Maman, attend moi ! »
  • « Maman, tu m’as lavé mon jean ? »

L’adolescence, cet âge fabuleux qui commence par « Moi je », mais se termine toujours par « maman ».

 avant de partir


« Tu crois que c’est le même bordel chez les autres, le matin ? » philosophe le chef de meute au moment d’attaquer la semaine. Mais, personne n’est là pour disserter sur ce vaste sujet.

Il y en a un qui cherche sa trousse. Alors que la veille le cartable était fin prêt, et, que nous avions eu droit à des : « noooon, j’ai toooooout. » Suivi de : « noooooon, j’ai rien oublié. » Clôturé par des : « Je sais ce que je dois y mettre, j’suis pas bête  quand même.» Débité avec une pointe d’exaspération, un soupçon d’agacement et sans oublier les yeux qui roulent vers le ciel. Histoire que l’au-delà soit aussi témoin, de cette injustice et de ce manque total de confiance.

Il y a l’autre au même moment qui se met à hurler : « Qui m’a piqué mes chaussures d’école ?? Je les avais rangées là ! » Après la trousse, nous voilà encore plongés dans un autre mystère. Mystère, qui ne tarde pas à se résoudre, car s’ensuit assez rapidement : « J’en ai une !!! Elle est où l’autre ? Qui m’a planqué l’autre chaussure ? » La clé du mystère semble toute proche et tous les espoirs sont permis, mais, ce n’est pas encore gagné.

Et le troisième luron qui rajoute la bouche en coeur : « Qui vient me chercher au match de rugby à 16h15 ??? » Match, qui a dû se décider dans la foulée entre 2h et 3h du matin, puisque la veille au soir, il n’en a jamais était question.

Je vous passe les : « On a plus d’élastiques !» Alors que nous avons un budget élastique qui avoisine le PIB de la Chine. Je vous passe aussi les : « J’peux pas te tel pour te dire quand j’ai fini, j’ai plus de crédit. » Alors que nous avons un budget portable qui avoisine le compte en banque du roi Salmane d’Arabie Saoudite. Et puis les : « Remplis-moi le formulaire de 5 pages pour la sortie en montagne. Faut le rendre aujourd’hui. »

Tout cela, bien évidemment, au moment où nous devrions être dans la voiture à s’encourager mutuellement, à partager des ondes positives et chaleureuses tout en chantant avec Serena, I’ve been running with the wolves.

Pour être honnête les amis, il y a des jours que j’y partirais bien dans la jungle à courir avec les loups.

Bref, notre dimanche, c’est votre lundi à vous. Les amis, c’est le même bordel chez vous le matin ?