mon ado fait la gueule


J’aime bien le mercredi parce que je la récupère toute seule. Avec trois enfants, ces moments en tête-à-tête sont rares et précieux. 

Alors, me voilà à la sortie de l’école à attendre ma fille. Ma fille, qui va être unique pour quelques heures. Me voilà a trépigner d’impatience, prête à savourer ce moment privilégié. 

Et ma fille arrive. Mais elle n’arrive pas toute seule. Elle arrive avec sa tête des mauvais jours. Le visage fermé, sans expression, toute rigide et le regard vague. Dans un silence monacal, elle s’installe dans la voiture. 

Avec un sourire qui commence tout de même à se figer, je décide de ne pas me fier aux apparences. J’attaque donc avec entrain et avec un, « Ca va ? »  qui rebondit sur un austère oui. L’avantage est qu’elle n’aura pas de rides d’expression grâce à cet air pincé, que même Victoria, la femme de David, pourrait lui envier.  Perdue dans mes pensées esthétiques, je ne me décourage pas : «  Tu as passé une bonne journée ? »  Bien que j’ai déjà un petit indice sur la réponse. Pourtant, de son coté, il n’y a pas de variation, et c’est un oui, dans le même moule que le premier. 

Il devient donc, urgent, de sortir rapidement de ces réponses monosyllabiques.  Je tente le tout pour le tout avec un, « Tu as fait quoi de beau aujourd’hui ? » histoire d’avoir une réponse variée. Le « Com’ d’hab’ » me prouve en deux syllabes que je suis sur la mauvaise voie.

Comme les dictons ont toujours raison et que la musique adoucie les mœurs, je laisse passer quelques chansons avant d’ouvrir à nouveau les hostilités avec, « Quelqu’un t’embête ? » Mais je dois vous avouer les amis, que pendant cet intermède musical, je me suis mise à bouillonner. Je suis passée du harcèlement au racket, en passant par la drogue et la prostitution. Le, « non » accompagné d’un long soupir n’aide pas. La maman qui est en moi, en plus d’être inquiète, est frustrée. Pourquoi mon enfant ne me fait pas confiance ? Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’elle ne se sente pas libre de me dire ce qu’il ne va pas ? La mauvaise mère que je suis élabore le pire des scénarios de 13 reasons why et cherche des réponses. 

Je suis peut-être un peu lourde, mais pas complètement débile, je continue donc mon interrogatoire avec, « T’as pas envie de parler ? » Le, « C’est ça » jeté sans un regard et toujours en deux syllabes ne fait pas avancer le shcmiblick. Je suis toujours en surchauffe avec des idées de plus en plus noires.

On continue cote à cote dans le silence, chacune perdue dans ses propres pensées solitaires. Les yeux rivés sur la route ne m’empêchent pas de voir son visage raide, hermétique et fermé.

Quand soudain, un écriteau avec un grand M rouge apparaît sur le bord de la route. « J’ai faim. »  « Tu veux qu’on s’arrête ? »  « Oui »

C’est la bouche pleine de nuggets qu’elle m’a raconté que ce matin ils ont trop rigolé à  la piscine parce que……. C’est avec une bouche pleine de frites qu’elle m’a énuméré la liste des invités pour son anniversaire en préparation. 

On est sorti bras dessus, bras dessous, tout sourire, mais, moi, avec toujours les mêmes questions. Histoire de savoir, je prends donc le risque de stopper net cette bonne humeur toute fraîche. « Pourquoi tu faisais la tête à la sortie de l’école? »  Le, «  Mais je faisais pas la tête ! » clôture la conversation.

C’est donc moi qui me suis fait un film. Mon coté paranoïaque s’est amusé à imaginer cette tête de six pieds de long (encore une belle expression du temps d’avant). Bref, mon coté mythomane a encore frappé, mon ado ne faisait pas la tête. Je peux donc arrêter de me torturer et faire taire toute cette peur et cette frustration. Tout allait bien. Tout va bien. Il ne faut pas chercher à comprendre. Ma fille va bien.

Vous faites comment pour gérer ce genre de situation les amis ?

 

Parce qu’un peu de culture ne fait jamais de mal :

Le schmilblick est un terme inventé par Pierre Dac dans les années 1950 pour décrire un objet totalement inutile. En 1969, Jacques-Antoine et Guy Lux ont créé un jeu télévisé où la photo d’un détail d’un objet était présentée. Les participants devaient, en posant à tour de rôle une question, essayer de deviner quel était l’objet ainsi proposé. Lorsque la question semblait plus ou moins saugrenue, le présentateur demandait au participant pourquoi il l’avait posée. La personne répondait régulièrement que c’était simplement pour faire avancer le schmilblick, pour essayer d’apporter une petite information supplémentaire permettant d’avancer vers la reconnaissance de l’objet.

En 1975, Coluche a tourné le jeu du schmilblick en dérision dans un sketch rapidement devenu culte, et cette parodie est pour beaucoup dans le fait que l’expression est passée dans le langage courant. Le mot est aujourd’hui également utilisé pour qualifier quelque chose d’indescriptible ou de très compliqué.

49 commentaires sur « mon ado fait la gueule »

    1. Vous avez raison Colette, il faut être vigilant tout en n’étant pas envahissant… J’ai l’impression de marcher sur des oeufs mais heureusement que la majorité du temps elle est chouette ma petite ado. Je vous souhaite une belle journée

      J'aime

  1. Ici 10 ans seulement et je vis tout à fait la même situation de temps en temps. Je pose les mêmes questions que toi et reçoit la même attitude en face.
    Si je fais le silence elle finit toujours par me lâcher le truc et effectivement parfois il y a rien dit elle ?!?!

    Aimé par 1 personne

  2. Parfois, on est dans l’interprétation..à tort. C’est comme quand deux personnes parlent, rient, puis s’arrêtent quand passe une 3ème personne. On est toujours persuadés que «ça casse du sucre» alors que pas forcément..

    Aimé par 1 personne

  3. ah là là…tout une aventure ces ados ! Moi, avec mon 21 ans depuis 2 jours, j’ai tout essayé tu penses bien…Evidement, ils te parlent seulement quand ils ont décidé et pas au moment ou tu le voudrais. Mais j’ai toujours eu tendance à dramatiser instantanément et à culpabiliser… Et encore plus maintenant ou ll est confronté à de nouvelles difficultés liées a son entrée dans le monde adulte…mais je n’ai aucune réponse car je suis en plein questionnement ! Ce qui est sur c’est qu’a 11 ans et encore pour un bon moment les états d’âmes changent très vite et tandis qu’on est encore en train de se questionner, ils sont déjà passé à autre chose depuis bien longtemps… après ça change un peu et j’en suis là…Le questionnement existentiels, les prises de conscience sur la vie, la difficulté des relations, bref tout un programme que je découvre et qui j’avoue en ce moment me fait un peu peur ! Bisous Steph

    Aimé par 1 personne

  4. « Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’elle ne se sente pas libre de me dire ce qu’il ne va pas ? »… Une question que je me suis souvent posée !!! Suis-je vraiment le genre de mère à qui on a peur de dire les choses ???!!! Et c’est parti pour la grosse remise en question hhh ! Heureusement, s’il y a vraiment quelque chose, ça finit toujours par percer à un moment ou à un autre. Enfin, j’espère ! 🙂

    Aimé par 1 personne

      1. 11 ans c’est peut-être un peu tôt pour la vraie crise d’adolescence (les miens me l’ont tous faite vers 15 ans), mais si ça peut te rassurer, j’ai tendance à penser que plus le lien est fort, plus la crise est violente. Ils sont bien obligés de « couper le cordon » pour grandir, mais quand la confiance est là, ils savent, même inconsciemment, qu’ils peuvent nous malmener sans que ça n’affecte notre amour pour eux. Finalement, c’est une preuve de confiance 🙂

        Aimé par 1 personne

    1. Je ne te trouve pas folle au contraire ! Les ados c’est que du bonheur tout comme les enfants qu’ils étaient avant. Mais je te conseille quand même de faire de la sophro, du yoga, de la méditation et du kick Boxing histoire de te préparer 😁

      J'aime

  5. 🤣🤣🤣alors je suis tout autant parano que toi. Sérieusement , elles ont souvent une moue boudeuse. Je ne l’invente pas ! C’est peut être la tête qui dit « zut, fini les Amies, je vais devoir parler avec ma mère » 🤣🤣🤣

    Aimé par 1 personne

  6. Rhaa ces ados ! Et dire qu’on a été pareil ! J’avais une collègue qui me disait que c’était comme les tranchées de la guerre : 14-18, c’est l’âge difficile, mais parfois ça commence un peu avant 14 ans et ça peut aussi finir un peu après. Faut pas toujours se fier aux dates historiques 😉 Courage Stéphanie !

    Aimé par 1 personne

  7. (j’ai l’impression que mon commentaire n’est pas passé, je le remets… désolée si doublon!)
    ahlala comme j’ai hâte que ma fille soit ado… ou pas 😀
    en fait en te lisant, je me suis revue à cet âge et c’est exactement le genre de trucs que je faisais :/
    bon courage!

    Aimé par 1 personne

  8. Comme c’est rassurant de lire ça chez les autres.. je me sens moins seule 🙂
    Courage, courage, je me le répète en boucle, il paraît que ça passe… ah bon ? je ne suis pas sûre d’y croire, c’est loin… et ça dure….

    Aimé par 1 personne

  9. Difficile de ne pas être agacée… C’est déconcertant et ça nous laisse au bord de la route c’est peut-être le but! Le 13 ans de mon homme fait rarement la tête (tant qu’on lui demamande rien hein!! ) 😉
    Je n’ai pas hâte d’y être…

    Aimé par 1 personne

Laissez moi un petit mot...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s