joyeux noël


Vous le trouvez peut-être ennuyeux, merveilleux, injuste, commercial, spirituel, magique, écœurant.

Il est pour vous peut-être un moment de partage, un moment en famille, un moment de solitude, de joie. C’est peut-être pour vous, le moment des enfants, le moment de partager votre foi, le moment de se retrouver.

Il vous rend peut-être heureux, égoïste, généreux, triste.

Nous avons tous notre idée sur Noël. Une idée qui nous vient de notre enfance, de notre sensibilité. Noël c’est notre histoire personnelle. Loin des clichés, notre Noël n’est qu’à nous.

Il n’y a donc, pas un Noël, mais des Noël.

Je vous souhaite donc, les amis, le plus beau des Noël. Celui qui vous correspond. Celui qui vous rendra heureux.

mon uniforme


« Ici, vous n’êtes pas en Arabie, vous êtes chez moi. Vous pouvez enlever l’abaya ». Me dit le responsable de l’écurie avec en prime un grand sourire.

C’est un honneur et un signe de respect. Juste quelques mots, qui soulignent combien les femmes sont les bienvenues chez lui.

Cette abaya, c’est mon uniforme. Uniforme, obligatoire. Je la porte donc,  automatiquement, sans état d’âme, sans grand intérêt. Elle a 5 ans, elle est râpée, usée, mais je ne veux pas dépenser un sous dans l’achat d’une nouvelle. Affaire d’honneur.

Ce Monsieur m’offre le choix, cela ne se refuse pas.

Sauf que.

Qu’est-ce que je porte dessous ? Je ne porte pas un short, mais un pantalon.  Je suis sauvée. Par contre pour le haut ce sera un débardeur.  Je  roule donc cette fameuse abaya autour de mes épaules histoire de les cacher.

Et puis, on discute avec ce Monsieur qui vient de Géorgie. Il est en Arabie depuis 20 ans. C’est dire s’il les connaît, les Saoudiens et leurs contradictions. « Ils ne sont pas comme tout le monde », revient souvent dans son discours.

Et puis, il connaît François Hollande. Il me demande si j’en suis contente. Il me demande quand est-ce que l’on aura une femme Président ?

La semaine suivante, il me dit Bonjour en Français, et me propose du thé. Moi, j’ai mis mon jogging, mes baskets et un haut décent. J’en profite pour marcher librement sans cette enveloppe obscure. Je me sens normale, un peu plus humaine sans cette couverture ébène.

Vous avez compris les amis, que cette visite, dans ce centre équestre, est un bonheur pour ma fille comme pour moi. Un bonheur, grâce à la gentillesse de ce Monsieur. Un Monsieur, qui veut que tout le monde se sente bien chez lui, y compris les femmes. Un Monsieur d’une grande gentillesse, d’une grande curiosité et d’une grande joie de vivre.

Shoukran cher Monsieur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

j’ai du mal à réaliser


Les amis, en ce moment je ne suis pas très présente, tout simplement parce que je suis au fin fond d’un carton. C’est officiel, nous partons pour une nouvelle aventure. Nous partons vers d’autres cieux.

c’est arrivé soudainement, et, en un mois nous tournons la page sur cinq ans de vie.

Et, j’ai du mal à réaliser.

J’ai du mal à réaliser que je pourrai prendre la voiture et faire ce que je veux. J’ai du mal à réaliser que je vais porter autre chose qu’une abaya pour sortir. J’ai du mal à réaliser que je n’aurai plus besoin de regarder à quelles heures sont les prières pour aller faire les courses. J’ai du mal à réaliser que je pourrai boire un café avec ma famille en terrasse. J’ai du mal à réaliser que je pourrai aller au stade, au cinéma, au théâtre, à la bibliothèque.

J’ai du mal à réaliser que je vais quitter mes amis. J’ai du mal à réaliser que je ne pourrai pas venir les voir en Arabie. J’ai du mal à réaliser qu’elles n’auront pas l’autorisation de venir me voir. J’ai du mal à réaliser que je vais quitter ce pays qui m’a permis de grandir.

J’ai du mal à réaliser que je vais quitter ce pays où l’on reste étranger à vie, où les échanges avec la population sont aussi rares qu’inoubliables. J’ai du mal à réaliser que je quitte ce royaume où chaque parole et chaque regard échangés sont des interdits qui volent en éclats. J’ai du mal à réaliser que je vais quitter ce pays si cruel envers la femme.

Il n’y a pas qu’une seule façon de vivre et de penser. Il y en a une multitude et, il est temps pour nous, d’en découvrir une nouvelle.

Je vous présenterai mon nouveau pays d’accueil comme il se doit, dans un prochain article.

A bientôt, les amis.

j’ai un problème


 

Aujourd’hui, j’ai des soucis. J’ai un tas de choses à faire et je ne sais pas comment je vais y arriver. J’ai la maison dans un état épouvantable et j’ai le frigo vide. Pire, je n’ai pas encore fait un seul cadeau de Noël.

Oui, j’ai des problèmes.  Ce n’est pas facile la vie d’une maman.

Mais, je me répète en boucle le fameux dicton : « il n’y a pas de problèmes mais des solutions ». Il y a toujours une part de vérité dans les dictons c’est bien connu.

Alors, puisqu’il n’y a pas de problèmes, je veux bien que l’on nous donne la solution pour Alep. Et vite.

La belle, la grande Alep réduite à néant. Ses habitants qui attendent d’être massacrés.

Moi, qui me sens tellement impuissante devant mon ordinateur.Tellement haineuse de voir que ces gens sont abandonnés.

Non, je n’ai pas de problème dans ma vie à part Alep. Alep est mon problème. Je ne peux pas accepter ça.

Alep est notre problème, les amis.

Quoi faire pour eux ? Comment les aider à notre niveau

 

 

 

 

 

 

 

 

interdite


Il nous est si familier cet écriteau « Interdit aux chiens » que l’on n’y fait plus attention. Pour certains, cette interdiction est injuste. Pour d’autres, elle est justifiée. Mais, elle est établie. Tout le monde fait avec.

 

En Arabie Saoudite, ce genre d’interdit vise la femme. La femme est interdite au volant, interdite d’exercer certaines professions, interdite de voyager sans autorisation, interdite dans les stades,…  Pour certains, ces interdictions sont injustes. Pour d’autres, elles sont justifiées. Mais, elles sont établies. Tout le monde fait avec.

 

Ne pensez pas que l’on puisse avoir des dérogations : jeunes filles, adolescentes, mamans, vieillardes, on est toutes dans le même panier.

 

Alors, les moments de liberté, je les savoure. Je savoure particulièrement ce match de rudby qui se joue à Bahrain mensuellement. Bahrain qui est le royaume voisin.  C’est notre bouffée d’oxygène familial, un moment de détente et de partage simple. Des femmes et des hommes se sourient, se parlent et rigolent.  Vous vous rendez compte ?

 

Alors, j’explique à mes filles que les femmes ne devraient jamais être traitées comme cela. Qu’une femme à le droit de choisi sa propre vie. Que la femme est forte, courageuse, talentueuse et qu’elle n’est pas un humain de seconde classe.

 

Alors, je relativise. Un jour, je partirai, je pourrai aller où bon me semble et faire ce que je veux. Mais, elles resteront là. Ces femmes, qui font de longues études et qui ne peuvent pas exercer leur profession. Ces mamans qui ne verront jamais leur fils jouer. Ces femmes qui dépendent d’un homme pour prendre la moindre décision les concernant. Condamnées, tout simplement car elles ne sont pas du bon sexe.

 

Mais en Arabie Saoudite, j’ai vu des femmes modernes, courageuses, talentueuses, intelligentes, belles fortes et qui se battent pour faire changer ce système. Le changement viendra d’elles soyez en sûrs les amis. Les Saoudiennes n’ont pas dit leur dernier mot.

 

 

 

 

 

toute première fois


Elle se retourne, il est derrière. Il suit en poussant cette valise. Il marche si lentement. Malgré le poids de la sienne, elle avance légère et sautillante. Elle semble planer. Elle est si excitée et si stressée, aussi. Tout son être est rempli d’émotions contraires. Elle se sent si vivante. Ses jambes avancent toutes seules vers ce terminal.

C’est son premier voyage en avion. C’est son premier passeport bien à elle. C’est sa première valise à roulettes à elle, avec son nom écrit dessus.

Alors elle sourit. Elle sourit à tous ces gens. Ils doivent être importants ces gens pour être aussi pressés. Ils doivent bien connaitre le monde,  tous ces gens, pour marcher la tête ainsi baissée.

Mais ce n’est pas grave, aujourd’hui, elle est là. Alors, elle sourit.

Elle sourit aussi aux agents, ils sont si gentils et tellement patients. Elle a quand même causé un sacré embouteillage. Comment aurait-elle pu savoir qu’il fallait vider ses poches, enlever cette satanée ceinture et se déchausser ? Le portable ?  Elle n’en a pas.

Lui est toujours derrière, silencieux et concentré. Ce n’est pas un aventurier ni un expressif. Il est soucieux. Il manque d’air dans cet avion, il n’a pas assez d’espace.

Elle veut se souvenir de tout, ne surtout rien louper. Cette classe économique est si rassurante. Les hôtesses si gentilles lui montrent comment marche sa télévision. Mais, elle préfère profiter de sa collation et écouter les bruits de l’engin. Elle regarde aussi les gens qui dorment, lisent, regardent leur écran. Des gens qui semblent si sûrs d’eux. Tellement à leur place dans cet avion.

Lui, à côté, a finalement trouvé refuge dans le sommeil.

Elle a sept heures d’avion. Sept heures et elle se retrouvera dans un autre univers, dans leur univers. Sept heures et elle serrera ses enfants et petites enfants. Elle les a vu si souvent partir qu’elle n’arrive pas à y croire. C’est comme un rêve et elle est bien décidée à le vivre pleinement. Elle ne réalise pas qu’aujourd’hui, c’est elle, et bien elle, qui fait ce voyage, pour de vrai.

Elle a 70 ans et c’est son premier voyage en avion.

Quand le silence est d’or


J’ai 40 ans, et j’apprends un concept assez nouveau, et plutôt impressionnant pour moi. J’apprends le silence. « La liberté n’est peut-être, en fin de compte, pour chacun, que la simple possession du silence » Frédéric Mitterrand.

Il y a le silence choisi, le silence subi, le silence facile, le silence lâche, le silence de paix. Il n’y a pas un silence mais une multitude de silences. A 40 ans, j’apprends à jongler avec. «C’est la métamorphose. Un matin on se lève et on comprend que dans le silence et la discrétion, on est devenu quelqu’un d’autre.» Virginie Despente.

Il a le silence par amour. Toutes ces fois où le cœur aurait tant à dire, tant de conseils à donner, mais où la raison nous impose au silence. Le silence, comme un cadeau de confiance, comme une preuve d’amour suprême et discrète.  « Nous nous aimions entre les mots et entre les lignes, dans les silences et les regards, dans les gestes les plus simples ». Grégoire Delacourt.

Il y a le silence lâche. Le silence du faible, celui derrière lequel on se cache pour éviter une tornade. Ce silence qui esquive, qui repousse encore et toujours un conflit. « Un silence peut-être parfois le plus cruel des mensonges ». Robert-Louis Stevenson.

Il y a le silence de l’indifférence. Le silence comme la seule réponse possible quand on n’y croit plus, tout simplement. Le silence qui scelle l’échec d’une relation. « Le silence emplissait tout, me coinçait la gorge dans un étau. Je pouvais le sentir se figer le sang, me creuser les poumons d’un vide immense. Un cratère sans lave, un désert. » Olivier Adam.

Il y a le silence plaisir. Le silence égoïste. Celui qui fait que l’on remet à demain ce coup de fil. Celui pour lequel on refuse une invitation. Le silence qui permet de se retrouver. Un silence de paix, de plénitude. « Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences. Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires des enfants ». Jacques Brel.

Alors, vous comprenez que le silence est tellement puissant qu’il fait peur. Les dictatures bâillonnent et emprisonnent pour l’imposer ce silence.

« C’est le moment où le silence est si grand que tout peut arriver ». JMG Le Clézio. Avec mes 40 ans, je me transforme en spectatrice silencieuse car « Le silence permet de rester honnête. L’honnêteté est la base de l’estime de soi. Quand on ne peut pas dire la vérité, mieux vaut se taire. » Gélin Yan.

Le silence est indispensable dans les relations. Il n’y a rien de plus gênant que de devoir les combler ces silences.« On peut tout se dire mais on n’est pas obligé de tout se dire tout le temps ! Il y a des silences qui font aussi partie de l’amitié. » Katherine Pancol.

Le silence est la preuve suprême de la confiance et de l’amour.  Le silence est aussi parfois la seule solution, quand on n’y arrive plus.

Dans tous les cas, nous ne sommes libres que quand nous avons le choix du silence.

 

Et vous les amis, vous le maniez comment l’art délicat du silence ?

reporter-sans-frontiere